‹ Les mystères de Sainte HélèneChapitre 112 sur 179 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

seraient cicatrisées à la vue du ciel de ma patrie! mais le moment ne serait pas encore venu d'y reparaître , même comme simple citoyen. Les États-Unis seraient donc notre véritable refuge , nous achèterions une bonne métairie dans l'état de New- York ou de Massachusets, et nous la ferions valoir commedebons fermiers. Mais ne songeons pas à de pareilles choses. L'année dernière, j'aurais pum'éloigner de ce sinistre rocher et... je ne l'ai pas tenté. Ici, tout le monde prêta l'oreille. Il était évident que l'Empereur allait parler peut-être de l'entrevue qu'il avait eue avec le capitaine hollandais ; mais soit qu'il voulût épargner à ses compagnons d'infortune des regrets superflus, soit que lui-même ne voulût pas mettre en relief le sentiment qui l'avait guidé à l'égard de ses amis et de ses serviteurs , ou , enfin , son inébranlable fermeté, il s'arrêta court. Cette réticence désappointa un peu ses auditeurs ; il y eut un moment de gilence, que Napoléon rompit en prenant son chapeau placé près de lui , et se levant lestement :

54 MYSTÈRES DE SAINTB-HÉLÊMB.

— Allons, messieurs, dit-il, quittons ces châteaux en Espagne pour revenir chacun à nos gîtes.

Mé40n 0i M0ti'p0ni.

Si la captivité est lourde en toutes circonstances, si la proscription et l'exil sont par euxmêmes la plus grande misère qui puisse affliger l'homme séparé violemment de tout ce qui l'attache au monde , comment trouver des expressions assez fortes, des images assez saisissantes pour peindre une captivité , un exil , une proscription autour desquels viennent se grouper incessamment toutes les tortures de l'inquisition, toutes les amertumes delà tyran-

nie et toutes les douleurs morales que la barbarie la plus raffinée puisse inventer?

Voilà cependant le tableau que les historiens de la séquestration homicide de Napoléon à Sainte-Hélène seront appelés à reproduire un jour.

Le gouvernement anglais, en reléguant l'Empereur à Sainte- Hélène, avait besoin d'un homme qui pût seconder ce climat meurtrier. Il choisit sir Hudson Lowe , et ce fut de cette époque que data la triste célébrité à laquelle cet officier général devait parvenir. Des écrivains qui, avant nous, ont retracé les outrages dont ce gouverneur abreuva son illustre prisonnier, ont justement versé l'opprobre sur les actes qui marquèrent son commandement; d'autres n'ont pas craint de les présenter comme de simples mesures de prévoyance, qui lui étaient imposées par sa responsabilité. Où est la vérité dans ces opinions contradictoires ? Examinons : l'amiral sir George Cockburn, prédécesseur de Hudson Lowe, avait compris, dans les limites qui renfermaient

Page 1