‹ Les mystères de Sainte HélèneChapitre 113 sur 179 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

l'espace où pouvaient circuler les captifs de Longwood, un jardin ou se trouvaient un filet d'eau et de la verdure; Hudson interdît cette promenade. L'amiral, le colonel qui commandait le camp, les membres du conseil de la compagnie des Indes, le secrétaire général, pouvaient traverser la ligne des sentinelles et venir , sans passe d'aucune espèce , à Longwood. Les malheureux habitants devaient en demander une au gouverneur , les marins à leurs chefs, mais tous pouvaient se présenter sans essuyer de tracasseries. Cette communication subsista pendant huit mois sans donner lieu à aucun abus , à aucune plainte. Hudson néanmoins la suspendit. Personne n'eut plus la liberté de se rendre à Longwood ou de visiter les prisonniers sans une autorisation écrite du gouverneur, qui ne l'accordait jamais qu'après beaucoup de difficultés et un interrogatoire humiliant. Il mit ainsi l'établissement au secret etle frappa d'une interdiction que rien ne justifiait ; car si quelque voyageur lui était suspect, il s'opposait à ce qu'il débarquât dans

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nie, OU l'empêchait de franchir le premier poste.

Lorsque Napoléon rencontrait quelques habitants sur sa route, il leur adressait des questions banales. Hudson en prit ombrage et ne craignit pas de défendre dans son règlement qu'on s'arrêtât pour répondre au général Bonaparte. N'était-ce donc pas le comble de l'outrage , puisque ni lui ni les siens n'avaient certainement le droit de rien imposer à l'Empereur ? Mais le but de cette restriction était d'insulter les captifs et de les compromettre avec les sentinelles. Le gouverneur alla plus loin : il déclara que les personnes qui seraient reçues par Napoléon ne pourraient communiquer avec personne de sa suite ; en sorte que, si l'Empereur eût voulu recevoir quelqu'un , il eût fallu qu'il éloignât ses domestiques , qu'il fit lui-même son service , qu'il ouvrit sa porte, etc. Bien plus, comme il ne comprenait pas encore très-bien l'anglais , si la personne qui se présentait n'eût pas su le français , la conversation eût été nulle, et l'entrevue se fût

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bornée à une pure exhibition de politesse muette.

Hudson avait arrêté aussi que la ligne des sentinelles se formerait autour de Longwood dès le coucher du soleil , en sorte que , passé une certaine heure, personne ne pouvait plus sortir. Et cependant c'était pendant les grandes chaleurs le seul moment où Ton pût se promener. Pour ne point se heurter avec les factionnaires, il fallait donc rentrer, quoiqu'il fit encore grand jour , et pourtant il avait été impossible de sortir pendant que le soleil était sur l'horizon, attendu qu'il n'y avait autour de l'établissement ni ombre , ni eau , ni verdure. L'Empereur ne pouvait donc monter à cheval ; on l'avait relégué dans une maison étroite, mal construite et sans eau. On ne perdait aucune occasion de lui faire éprouver quelque manque d'égards. Sa constitution, quoique robuste, ne pouvait tenir longtemps. Enfin le gouverneur ne voulait pas qu'il entrât à Longwood ou qu'il en sortit aucun billet qui n'eût passé préalablement par ses mains.

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Ceci était étranger à TEmpereur, qui n'écrivait ni ne recevait point de lettres. Mais le but que se proposait Hudson était de constituer en délit ce que les officiers de Napoléon pouvaient écrire dans des lettres confidentielles, qu'ils s'adressaient les uns aux autres.

Hudson, comme on le voit, ne se borna point à des mesures de prévoj'^ance ; ce ne fui pas sa responsabilité qu'il voulut mettre à couvert, il chercha à satisfaire la baine de son gouvernement, et n'oublia rien pour achever l'œuvre du climat. C'était un mode d'assassinat aussi sûr que le fer ou le poison.

Napoléon périt, et Hudson Lowe vint effrontément recueillir en Angleterre la honte et les faveurs qu'il avait si justement acquises. Mais n'anticipons pas sur les événements, et jetons au contraire un regard rétrospectif sur ce qui se passa à Sainte-Hélène avant l'arrivée du nouveau gouverneur.

La captivité de Napoléon , nous le disions tout à rheure, avait été dans les iM*emiers temps, et sous l'administration de l'amiral sir

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