CHAPITRE XI
chevelure, les joues marquetées de taches de rousseur , il paraissait appartenir à cette vieille race saxonne de l'Angleterre qui a conservé jusqu'à nos jours son galbe de visage, sa chevelure ardente et ses sourcils fauves, qui caractérisent les peuples hyperboréens. Hudson avait le regard oblique ; à l'expression indéfinissable de son regard venait parfois se mêler un sourire qui tenait tout à la fois du ricanement et delà grimace. Son maintien était roide et guindé , et lorsqu'on le regardait en face, il avait l'air d'éprouver une sorte de malaise qui se révélait par une espèce de tic convulsif dont sa mâchoire inférieure était agitée.
— Cet homme est vraiment hideux à voir , dit Napoléon le même soir à sa petite cour rassemblée autour de lui ; il a une face patibulaire.
Puis il ajouta , par un sentiment de justice qui l'emportait chez lui sur cette première impression d'éloignement :
— Cependant ne nous hâtons pas de pro-
noncer ; le moral , après tout, peut raccommoder ce que cette figure a de sinistre ; cependant j'en doute.
Hélas! Napoléon avait bleu jugé l'homme^ et cette répulsion instinctive n'était bien véritablement qu'un fatal et terrible pressentiment.
Quinze jours après sa réception officielle » Hudson revint à Longwood et exprima le désir d'être admis auprès de Napoléon. L'Empereur , ce jour-la . était souffrant ; quoi qu'il en soit, il donna Tordre d'introduire le gouverneur. Napdléon le reçut dans son cabinet de travail et couché sur son petit canapé. Mar* chaud présenta un fauteuil au gouverneur.
Après les salutations d'usage, Hudson s'assit^ et, d'une voix presque émue, commença ainsi le discours qu'il avait préparé d'avance :
— Général, je viens d'abord...
— Monsieur, interrompit vivement Napoléon, le titre de général que vous me donnez ne me convient pas... Mieux que personne , vous et votre gouvernement savez fort bien que cette qualification a été changée pour moi