CHAPITRE XI
par le peuplefrançais. J'étais empereur, j'étais souverain , et l'exil ne m'a fait perdre aucun de ces titres que je dois à la reconnaissance et à l'amour d'une grande nation. Ne m'appelez donc pas général ; je l'ai été , c'est vrai, et je m'en fais gloire ; mais je ne le suis plus : je suis l'empereur Napoléon ; je suis monarque sur ce rocher comme je l'étais aux Tuileries , comme je l'étais sur les champs de bataille d'Austerlitz , d'Iéna , de Wagram , de la Moskowa...
— Et de Waterloo, interrompit satiriquement Hudson d'une voix mielleuse.
— Et de Waterloo aussi , reprit Napoléon sans s'émouvoir, où une armée de soixante mille Français a battu une armée anglaise de plus du double, jusqu'au moment où la venue des Prussiens et l'inconcevable absence d'une partie de mes forces vinrent donner à votre drapeau la palme d'une journée pour laquelle il ne doit avoir aucune prétention , du moins je le pense. Mais il ne s'agit ici ni de fait d'armes, ni de tactique; il s'agit de convenances, et
66 MTSTÈBES DE SAOITE-HÉLÈRE.
VOUS y manquez, monsieur, en me donnant, à moi, le titre de général.
— Général, mes instructions sont positives et je dois y obéir.
— Vos instructions ! reprit l'Empereur avec un sourire d'une indéfinissable expression; vos instructions , monsieur , descendent-elles bien à de semblables considérations ? Vos ministres sont-ils donc si dépourvus de bon sens, qu'ils mettent en première ligne à leurs agents le protocole d'expressions dont ils doivent saluer leur captif? En vérité , monsieur , c'est pénible pour l'Angleterre. Mais brisons là... Obéissez à vos instructions, puisque instructions il y a , mais ne cherchez pas à m'outrager ; je vous propose un correctif : on vous a ordonné de m'appeler général, n'est-ce pas? Eh bien ! supprimez même cette qualification qui , je vous le répète , ne saurait me convenir, et traitez-moi de monsieur tout simplement. De cette façon , nous pourrons nous entendre.
— Je ne vois pas d'inconvénient à obtem-