CHAPITRE XI
pérer à votre désir , répliqua Hudson après un moment de réflexion , et j'aurai désormais l'honneur de vous appeler monsieur» Mais je dois vous déclarer cependant que je ne dois employer dans mes rapports écrits à mon gouvernement et aux personnes qui vous entourent que le titre de général pour vous désigner.
— Employez dans vos rapports les qualifications que vous voudrez, reprit Napoléon ; peu m'importe ; mais vis-à-vis de moi , je ne puis entendre d'autre qualité que celle de roi ou de citoyen.
— Eh bien! général..; monsieur, veux-je dire, fit en se reprenant le gouverneur, c'est sur ce pied-là que j'aurai l'honneur de vous parler.
— Très-bien, fit Napoléon avec un léger mouvement de tète.
Hudson commença alors le discours que l'Empereur avait interrompu , et s'étendît longuement sur ses devoirs d'abord , puis ensuite sur ceux de son gouvernement , qu'il chercha à justifier parla position dans laquelle se trou-
vaitTAngleterre vis-à-vis de la Sainte- Alliance. Napoléon le laissa discourir tant qu'il voulut; puis, après avoir entendu patiemment les dithyrambes politiques du gouverneur , il réfuta pied à pied tous ses arguments et parla de l'intention qu'il avait de protester contre le traité par lequel les monarques alliés le déclaraient prisonnier ; puis il demanda de quel droit ces souverains s'étaient permis de disposer de lui , leur égal , après avoir été leur maître.
— Si j'avais voulu me retirer en Russie, ajouta Napoléon , Alexandre qui s'était dit mon ami, car je n'avais jamais eu avec lui que des querelles politiques , m'eût maintenu roi ou du moins m'eût traité comme tel.
Hudson fit un signe de tête affirmatif.
— Si j'avais voulu , continua l'Empereur, me réfugier en Autriche, l'empereur François, mon beau-père, n'eût pu, sous peine de flétrissure et d'immoralité, m'interdire non-seulement son empire , mais encore sa maison ; ne faisais-je pas partie de sa famille?