CHAPITRE XI
— Du moins , dit timidement Hudson , ne pourrez^vous pas nier, monsieur, que ce palais de bois et les divers objets destinés à votre usage ne soient une preuve d'attention de mon gouvernement, qui ne veut rien négliger pour assurer votre commodité.
L'Empereur reprit alors d'une voix plus vive:
— Monsieur, voulez-vous que je vous dise ce que nous pensons de vous ? Eh bien ! nous vous croyons capable de tout, mais de tout, répéta-t-il en accompagnant ce mot d'un regard scrutateur, et tant que vous demeurerez avec votre haine , nous demeurerons, nous, avec notre pensée. J'attends encore , parce que j'aime à être sûr de mon fait ; mais alors je me plaindrai hautement de ce que le plus mauvais procédé de vos ministres n'a point été de m'envoyer à Sainte-Hélène, mais bien de vous en avoir donné le gouvernement ; vous êtes pour nous un plus grand fléau que toutes les misères de cet affreux rocher!
Hudson , en reptile qu'il était , écouta ces
dernières paroles avec une tranquillité apparente. Il ne craignit pas de dire à Napoléon qu'avec lui du moins il apprenait quelque chose , et que c'étaient ses compagnons, d'exil qui aigrissaient tout et envenimaient tout.
— Ne calomniez pas mes amis, monsieur, interrompit vivement Napoléon ; s'ils n'osent vous dire en face ce qu'ils pensent , c'est que Féloignement que leur inspire votre personne ne leur permet pas d'user de franchise à votre ^ard. Mais moi , qui suis obligé de subir et votre présence et vos menteuses justifications, . j'ai le droit et la volonté de vous déclarer ici, à présent, tout ce que moi et mes malheureux, amis nous ressentons.
Le gouverneur se leva alors et demanda à l'Empereur quand il lui plairait que les commissaires des puissances alliées qui résidaient à Sainte-Hélène lui fussent présentés par lui, leur chef.
— Monsieur, répondit Napoléon, ma réponse aujourd'hui sera ce qu'elle a été à votre précé-