CHAPITRE XI
— Qu'est-ce à dire, M. l'amiral? interrompit vivement Napoléon, me croyez-vous l'âme assez intéressée pour m'abaîsser à de pareilles niaiseries? Tous ces détails sont ignobles. Vous me mettriez, de même que Montezuma , sur des charbons ardents que vous ne tireriez pas de moi l'or que je possède et que cependant je n'ai pas. D'ailleurs qui vous demande quelque chose? Qui vous prie de me nourrir? Quand vous discontinuerez l'envoi de vos provisions , si j'ai faim, ces braves soldats que voilà, ajouta-t-il eh montrant de la main le camp du 53®, prendront pitié de moi; j'irai m'asseoir à leur cantine de grenadiers , et ils ne repousseront pas , j'en suis sûr, le premier soldat de l'Europe.
Cette réponse sublimé fit une profonde impression sur l'amiral, qui ne cacha que difficilement l'émotion qu'elle fit naitre.
Alors Napoléon , parcourant l'échelle de toutes les Indignités dont il était journellement abreuvé, lui et les siens, reprocha au gouverneur, en se servant toujours de la particule on 2. 8
pour le désigner, d*avoir gardé de son autorité privée quelques livres qui lui étaient adressés. Sir Hudson dit pour se disculper qu'il ne les avait retenus que parce que l'adresse portait la qualification d'empereur,
— Et, encore un coup, répliqua Napoléon exaspéré, qui vous a donné le droit de me disputer ce titre? Dans peu d'années, votre lord Bathurst et tous ses acolytes, et vous aussi qui me parlez , vous serez ensevelis dans la poussière de l'oubli; ou si on connaît vos noms, ce sera par les indignités que vous aurez exercées contre moi ; tandis que l'empereur Napoléon demeurera toujours Tétoile des peuples civilisés. Vos libelles ne peuvent rien contre moi ; vous avez dépensé des millions pour les publier, qu'on t-îls produit? Rien! parce que la vérité perce les nuages comme le soleil, et qjue, comme lui, elle est brillante et Impérissable.
Pendant cette courte mais éloquente mercuriale, Hudson ne s'écarta point du respect qu'il devait à Napoléon; seulement il mar-