‹ Les mystères de Sainte HélèneChapitre 125 sur 179 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

dont il ne reste malheureusement que quelques fragments dans les rares journaux qui se publiaient alors en France, n'avons -nous pas des ouvrages bien autrement populaires sortis de la plume de Napoléon? Ses rapports au Directoire comme général en chef de l'armée d'Italie et de l'armée d'Orient sont des modèles de laconisme et de précision , où les questions politiques sont envisagées et traitées avec une sûreté de vues et une limpidité d'expression remarquables. Ses instructions militaires à ses lieutenants en Italie , en Egypte, en Allemagne, en Espagne, en Russie, et surtout pendant la mémorable campagne de France en 1814, sont des chefs-d'œuvre de perspicacité gouvernementale. Ses bulletins de la grande aimée , enfin ses proclamations à ses soldats , ne sont-ils pas comparables à ce que l'antiquité nous a laissé de plus sublime et de plus saisissant en ce genre? Ce sont des monuments impérissables, de style guerrier et

rarmée destinée à reprendre Toulon , et je ne pus imprimer son ouvrage. »

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de poésie martiale. Nal, mieux que Napoléon, ne savait toucher la fibre du soldat ; nul, plus que lui, en aucun temps et chez aucun peuple, n'eut le secret de remuer les masses avec moins de mots; mais aussi quelle impétuosité, quelle noblesse bà'olque dans ses harangues, ou plutôt dans ses comptes rendus de ses opérations militaires! Le vieux duc de Brunswick disait, en parlant du style de Napoléon : u €et hommelà écrit avec le bout d'une baïonnette trempée dans de la poudre à canon. »

Toute triviale que semble à la pensée cette appréciation , elle est juste , vraie , complète. Il faut avoir vu l'effet que produisait sur les vieux compagnons de sa gloire une proclamation de l'Empereur lue devant le front d'un régiment, pour s'en faire une idée. Ces paroles métaphoriques , ces grandes images , inattendues comme la foudre, retentissaient dans tous les cœurs et exaltaient toutes les âmes. On se sentait grandir quand ce breuvage , bien autrement puissant que celui de Gircé l'enchanteresse, Inondait, après s'être infiltré par

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Toreille , le cœur et l'âme de ceux qui ne pouvaient s'en rassasier. Alors quels frémissements, quelles fanatiques émotions n'éprou* valent pas les vieux comme les jeunes soldats, lorsqu'ils étaient assez heureux pour entendre ces paroles de flamme prononcées par la bouche même de celui qui en était l'auteur !

Comme orateur. Napoléon n'était pas moins remarquable que comme écrivain. Sans avoir une facilité d'éiocution comparable à celle des législateurs de nos jours , la noblesse du geste, unie à l'accent sévère ou flatteur de la voix et à la majesté de la pose , faisait le reste. Ceux qui l'ont entendu parler dans les séances du conseil d'État, qu'il présidait presque toujours étant consul; ceux qui l'ont écouté dans les comités secrets de l'Institut , dont il était membre lorsqu'il n'était encore que général en chef, et ceux qui ont assisté aux ouvertures des sessions du corps législatif et aux réceptions diplomatiques des Tuileries, s'accordent à déclarer que rien n'était plus enivrant que sa parole. Enfin , ceux qui

se souviennent de Tavoir vu et entendu converser dans le monde, avant sa grandeur, avouent également que rien n'était plus aimable et poliment original que son langage.

A Sainte-Hélène , Napoléon recueillît avec usure toutes les consolations que les études de sa jeunesse lui avaient réservées. Les heures de l'exil sont lentes à passer, et si l'illustre proscrit n'avait pas eu dans son cœur et dans sa mémoire des souvenirs capables de le distraire, sa chaîne lui eût semblé plus lourde et sa captivité plus dure. Les rois descendus du trône par le seul fait de leur volonté se passent, à la rigueur, des jouissances de l'imagination : ainsi , après leurs abdications , Dioclétien, cultivant des fleurs dans les jardins de Salone ; Charles-Qaint , dans le couvent de Sainl-Just , s'occupant de controverses; Casimir, roi de Pologne , dans l'abbaye de Saint- Germain des Prés , à Paris, dont il était abbé, consacrant exclusivement ses soirées à la pèche, pouvaient bien attendre patiemment

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