CHAPITRE XII
frage , c'est Tarc-en-ciel après la tempête.
— Sire , dit le grand maréchal , je ne cesse de m'étonner que , dans une vie aussi agitée qu'a été celle de Votre Majesté, elle ait eu le temps délire, non-seulement tous les ouvrages sérieux de notre langue, mais encore nos poëtes de tous les temps. Sire, il faut que Votre Majesté ait une mémoire bien locale pour se rappeler, après la multitude d'événements qui a rempli les deux tiers de sa carrière , des passages entiers d'auteurs presque inconnus.
— M. le grand maréchal , répliqua l'Empereur, l'homme fait ce qu'il veut. En venant ici , je ne savais pas un mot d'anglais ; maintenant , je lis couramment cette langue , et je la parle sans trop me faire moquer de mol.
EtNapoléon lança un r^ard malin à madame Bertrand , qui, d'origine anglaise, avait souvent plaisanté l'Empereur sur sa prononciation.
— L'énergie , la puissance de volonté , continua-t-il, m'ont fait parvenir toute ma vie aux
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divers buts que je voulais atteindre» Ensuite « pour ne pas être injuste envers la nature , je dois confesser que j'étais doué d'une mémoire prodigieuse, et que la soif d'apprendre me faisait affronter tous les dégoûts imaginables. Pendant mon séjour à Valence, comme je vous le disais tout à l'heure , j'ai lu plus de trois mille volumes, sans pour cela négliger les devoirs de mon état , car j'ai dévoré aussi je ne sais combien d'ouvrages de stratégie , de mémoires de guerre , etc. , etc. Général d'armée , mes auteurs militaires me sont revenus en tête ; empereur, les grands traités de politique ont surgi et se sont classés dans ma mémoire ; captif et exilé , les poètes et les métaphysiciens, qui sont bien, eux aussi, des romanciers, me reviennent dans la tète, et, à mesure qu'ils passent devant moi, je les salue comme de vieux amis que j'ai perdus de vue pendant longtemps et que je retrouve avec plaisir.
u J*ai toujours été entraîné par une pente irrésistible à étudier les hommes. N'étant