‹ Les mystères de Sainte HélèneChapitre 136 sur 179 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

adolescence , qu'en toates circonstances j'ai appliqué à mes familiers les noms ou les aventures démon divertissant romande prédilection.»

Soit que ce retour rétrospectif de Napoléon sur ses premières années lui eût causé une émotion intérieure , soit que la chaleur qu'il avait mise à parler l'eût fatigué au point de désirer le repos, il reprit, après une pause de quelques minutes :

— Nous ne sommes point ici dans la petite maison de Lirias , mais le sommeil est nécessaire à ceux qui habitent l'Olympe comme à ceux qui habitent les enfers. Séparons-nous , mes bons amis , et prions Dieu qu'il accorde à nos enfants l'amour des lettres ; c'est l'amour delà patrie déguisé; car, vous le voyez, grâce à la littérature , nous avons passé une soirée en France.

On se sépara ; mais ces soirées littéraires , qui revenaient périodiquement , étaient pour tous les compagnons de l'Empereur, et pour Napoléon lui-même, une source de consolation et de félicité intimes.

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Jusqu'en 1819, Napoléon s'était abandonné volontiers à l'espérance d'un retour possible et officiel en Europe. En cela, il avait partagé avec ses fidèles compagnons d'exil cette croyance si douce et si naturelle au cœur d'un proscrit. Il fallait voir, quand une de ces utopies avait été élaborée, comment chacun bâtissait son château en Espagne, et de quelle façon chacun caressait la même chimère. L'Empereur n'était pas le dernier à enfourcher, comme il le disait

lui-même en souriant , le grand dada de ses rêves et de ses désirs, et, dans ces circonstances, il se montrait ce qu'il était dans tout, bien au-dessus des autres. Ces fables ou plutôt ces songes d'une prochaine délivrance lui inspiraient une gaieté douce et communica* tive. Ses compagnons, heureux de le voir dans cette disposition d'esprit, se prenaient, eux aussi, à espérer, car l'espoir est une affection contagieuse qui fait qu'on traîne plus légèrement sa chaîne, et la résignation devient aussi une vertu facile à pratiquer. Mais , hélas ! ni l'Empereur, ni aucun de ceux qui l'entouraient ne songeaient que cette résignation était basée sur l'espoir, base bien fragile! Et ce stoïcisme, parfois si triste, parfois si enjoué, devait s'évanouir dès que l'espérance, qui n'est qu'un fantôme , s'abîmerait dans les limbes de l'avenir.

Malgré le peu d'espace que le caprice du gouverneur donnait aux promenades à cheval de Napoléon, celui-ci cependant poussait parfois jusqu'à plusieurs milles dans l'intérieur

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de rtle. Dans une des longues courses précédentes , il avait découvert des habitations rurales, des maisons bourgeoises et même de jolis cottages, où de paisibles philosophes achevaient d'écouler une vie exempte de soucis et d'ambition. Napoléon, disons-nous, n'avait pas tardé à faire connaissance avec les habitants de ces demeures, car, dans sa soif de tout voir, de tout apprécier, il ne se faisait pas faute de questionner tous ceux qui s'offraient à sa vue. Or, comme, dans ses promenades matinales, il se montrait toujours trèscauseur, il arrivait souvent que, parti de Longwood à cinq ou six heures du matin, il n'était pas encore de retour à midi.

L'inquiétude commençait alors à gagner ses officiers et ses serviteurs; on se mettait en quête, et, après maintes recherches, on le trouvait assis dans la salle d'une ferme ou dans le salon d'un colon, parlant agriculture ou politique , selon les hôtes du lieu ; s'informant avec le laboureur des produits de la récolte ; avec le colon, de l'effet produit sur l'opinion 2. 11

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publique par Farrivée des journaux d'Angleterre. En apercevant ses compagnons, dont la physionomie triste et les habits couverts de poussière indiquaient assez les inquiétudes «t les fatigues, Napoléon se mettait à rire et clôturait la discussion commencée en se levant et en disant avec un ton plein de bonhomie :

— Je vais être bien grondé.

Puis il prenait congé de ses hôles, remontait à cheval et s'éloignait escorté de ses officiers qui, heureux d'avoir retrouvé leur maîlre bien-aimé, faisaient éclater leur joie en Taccablant de respectueuses remontrances et de doux reproches.

— Si Votre Majesté avait été entraînée par son cheval dans une fondrière ! disait l'un.

— Si Votre Majesté s'était trouvée indisposée ! ajoutait l'autre.

— Si ces coquins d'Anglais avaient tiré à Votre Majesté un coup de fusil! s'écriait un troisième.

Napoléon riait de cette sollicitude si diversement formulée , et , par forme de remerci-

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