‹ Les mystères de Sainte HélèneChapitre 137 sur 179 · CHAPITRE Xlll. Iâ · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xlll. Iâ

ment, tirant Toreille de celui qui se trouvait le plus près de son cheval :

— N'est-ce donc pas assez, leur répondait-il avec enjouement , que je sois prisonnier des Anglais ; ne faudrait-il pas que je fusse aussi le vôtre pour vous faire plaisir?

— Mais, sire..., balbutiait-on.

— Allons , taisez-vous , interrompait TEmpereur, vous êtes tous de mauvais sujets ; si je vous écoutais, vous me traiteriez comme le pauvre Vert-Vert chez les bénédictines, et vous finiriez par me tuer tout de bon à force de prévenances et de soins ; mais je vous préviens que vous n'y réussirez pas , parce que M. Hudson Lowe et moi saurons y mettre ordre.

£t la route s'achevait ainsi.

Napoléon affectionnait , dans ses pérégrinations, la partie nord-ouest de l'île. Là, dans l'intérieur des terres , se trouvaient quelques maisons de campagne qu'il se plaisait à visiter. Au nombre de ces dernières était l'habitation de mistress Masson, veuve d'un employé supé-

rieur de la compagnie des Indes. Cette bonne et affectueuse dame, déjà sur le retour, et dont la franchise et les airs engageants avaient tout d'abord plu à l'Empereur, jouissait de mille à douze cents livres sterling de revenu , ce qui la plaçait au nombre des notabilités de l'Ile; sa maison était tenue avec ordre et presque avec luxe. Mistress Masson se faisait honneur de son aisance, et si rien n'était mieux cultivé que ses terres , rien n'égalait non plus le confortable de son salon , où elle accueillait , avec une hospitalité toute française, non-seulement les principaux habitants de l'île , mais encore les passagers de distinction qui allaient ou revenaient des Indes, et dont les vaisseaux relâchaient à Sainte-Hélène. Napoléon, qui était excellent appréciateur des bonnes manières, et qui possédait le tact exquis des convenances , frappé des mérites de mistress Masson , était devenu un des visiteurs habituels de cette dame, qui, de son côté, le recevait avec tout le respect et la vénération qu'il savait inspirer. L'Empereur, dans la demeure

Page 1