CHAPITRE XIV
la fête de TAssomption de la Vierge , la patronne de la France sous Fancienne monarchie, serait célébrée en même temps. En unissant ainsi les nouveaux souvenirs de gloire avec les anciennes traditions religieuses, Napoléon renouait , en quelque sorte, la chaîne des temps, et plaçait sur les mêmes autels , chargés d'encens et de fleurs, la divine mère de Dieu, que Clovis avait invoquée à Tolbiac , Philippe-Auguste à Bouvines , Jeanne d*Arc à Orléans, et Napoléon à Marengo,où,lui aussi, il avait sauvé la France !
Ce n'était pas tout ; les rois et les princes souverains quittaient leurs États , et venaient à Paris rendre un hommage solennel à l'héritier de César sur le champ de bataille , et de Louis XIV sur le trône. Les salons des Tuileries étaient encombrés de monarques; c'était une cohue de têtes couronnées ; on ne voyait sur tous les costumes que décorations et plaques enrichies de diamants, et grands cordons moirés , sur lesquels primait celui de la Légion d'honneur : c'était l'investiture tacite de la
France sur les États de tous ces souverains , qu'on traitait de majestés, mais qui n'étaient, à vrai dire, que les humbles satellites de cette planète splendide appelée Napoléon !
Nous nous rappelons que , dans une de ces circonstances solennelles, le comte de Ségur, grand maître des cérémonies du palais impérial , ne se trouvant pas à son poste à l'heure indiquée, Napoléon, qui aimait l'exactitude, et qui voulait qu'on l'aimât comme lui, se montra mécontent. M. de Ségur arriva enfin, et, avec cet esprit d'à-propos qu'il possédait à un haut degré, il tâcha de s'excuser en disant à l'Empereur :
— Sire , que Votre Majesté daigne me pardonner un retard involontaire ; dans ses antichambres, je me suis trouvé dans un péle-méle de rois tel, qu'il m'a été impossible d'en sortir plus tôt.
Napoléon se prit â sourire; il était désarmé.
Ainsi , au dedans de son palais , Napoléon jouissait de la reconnaissance de ceux dont 11 avait édifié les trônes , et, au dehors, des bé-