‹ Les mystères de Sainte HélèneChapitre 148 sur 179 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

devoir et le respect inspirés par une immense infortune font éclore une espèce d'idolâtrie , et qu'on est fier et heureux tout à la fois de rendre à celui qu'on a voulu dépouiller même d'une gloire légitime , le tribut que des méchants et des traîtres avaient cherché , mais en vain, à lui ravir.

Ainsi , malgré l'Angleterre , malgré les sicaires qu'elle avait apostés sur le rocher de l'Atlantique pour torturer le grand homme , la petite cour de Longwood voyait , chaque année, arriver la Saint-Napoléon avec un scn4 liment indicible de plaisir.

Ce jour-là , l'étiquette était bannie, les soucis de l'exil étaient mis à l'écart. Napoléon n'était plus un monarque tombé et jetant un regard douloureux sur un sceptre brisé ; c'était un bon père de famille, un maître affectueux, s'associant aux espérances de ses fidèles compagnons , se mêlant à leurs ébats, se laissant aller lui-même , sans contrainte , à la satisfaction délicieuse que faisait naître dans son âme la sincérité de leurs vœux. Cette

poignée de Français , mystérieusement liés entre eux par les liens du malheur et du dévouement , semblait êlre une seule famille de proscrits, qui célébrait, sur une terre étrangère, celui qu'elle avait coutume d'appeler son bienfaiteur et son ami.

Des cinq fêtes qui furent chômées par la colonie française de Sainte-Hélène, celle de i820 fut sans contredit la plus touchante. Hélas ! ce devait être la dernière , et le grand homme qui était l'objet de cette solennité domestique devait bientôt aller recueillir au ciel la palme du martyre.

Le i5 août 1820 , tous les habitants de Longwood étaient sur pied à six heures du matin. Dès la veille , on avait fait les préparatifs nécessaires; les bouquets étaient prêts. C'étaient des fleurs de France , il n'y avait rien d'anglais dans ces présents ; aussi le contentement épanouissait-il tous les visages.

A neuf heures , le grand maréchal, la comtesse Bertrand , sa femme et ses enfants , vinrent se réunir au général Montholon et au

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