CHAPITRE I
calculé la souplesse de son individu , car, une fois encastré sous le meuble, comprenant qu'il ne pourrait s'y maintenir , c'était en se retirant avec effort qu'il avait renversé la console et le buste de Bélisaire. Tandis qu'il racontait franchement cette mésaventure, Harry , l'ainé des fils de M. Balcomb, petit garçon de six ans , qui s'était jeté , selon l'habitude de ses pareils, au milieu du désordre et des débris , ramassa la perruque du ministre et s'en fit un trophée à la manière des sauvages de l'Orénoque, qui scalpent la chevelure de leurs ennemis vaincus.
Ce nouvel épisode n'étant pas de nature i attiédir la gaieté de l'assemblée, chacun prit encore sa part de cette scène comique. Napoléon» pour ne pas aggraver la position critique du pauvre ministre et empêcher que la plaisanterie ne finit par porter une atteinte trop profonde au re^ect que l'on devait à IM . Jones, en sa double qualité d'ecclésiastique et d'instituteur, Napoléon, disons-nous, exigea du petit Harry la remise immédiate du couvre-chef, et
et voulut que M. Jones s*en coiffât aussitôt.
Sur ces entrefaites, on servit le thé : tout était rentré dans l*état normal, les rires avaient cessé. Une conversation attrayante, pleine d'atticisme et d*urbanité , succéda au tapage qu'avait occasionné le colin-maillard ; et, pour que le calme fût plus assuré , on envoya les deux petits garçons se coucher. Dès lors les propos aimables, galants même de TEmpereur, circulèrent autour de la table , avec les biscottes et les tasses de décoction de la feuille chinoise.
L'entretien général tourna naturellement sur Bélisaire.
— C'était un grand homme de guerre que ce Bélisaire ! dit M. Jones en soupirant , et peut-être avec l'arrière-pensée d'appliquer, par forme de parabole, à Napoléon tout ce qu'il allait débiter de flatteur sur le général romain ; mais quelle a été la récompense de ses belles actions? Après avoir battu les Perses et les Vandales ; après avoir délivré deux fois l'Italie de la tyrannie des Goths; après avoir repoussé