‹ Les mystères de Sainte HélèneChapitre 16 sur 179 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

les Huns qui débordaient sur les frontières de Fempire^ il fut injustement soupçonné de tra* hison par son maitre , qui lui fit crever les yeux, le dépouilla de ses dignités , de ses ri^ chesses , et força ce héros à aller demander Fâumône dans ces mêmes provinces qu'il avait défendues si bien et si glorieusement. En vé* rilé, quaod on considère ces tristes et épou* vantables changements de fortune, on ne peut s'empôcher de s'écrier comme David le roiprophète, qui, lui aussi, avait bu à la coupe du bonheur et de l'adversité : Vctnitas vanitalum, etm^niavanùasî

— Ne vous attendrissez pas ainsi, M. Jones, sur les infortunes de Bélisaire, répondit Napoléon au ministre lorsque celui-ci eut achevé sa citation orthodoxe ; toute cette histoire , je veux dire l'histoire de son aveuglement et de sa misère, n'est qu'une fable qui a été accré*ditée par Jomandès, évèque de Ravenne et secrétaire du roi goth, alors en possession de Fltalie au sixième siècle. Je crois que Bélisaire 'à été disgracié par Justînien, et que cet empc-

MTSTbRKS 1>K SAINTK-ntlI.LNF.. 1. 4

reur a bien pu , par des raisons que nous ne pouvons ni connaître ni apprécier, lui retirer le suprême commandement des années romaines et le dépouiller même de ses dignités et de ses richesses ; mais lui faire crever les yeux , le réduire à la besace, et forcer un homme qui avait remporté tant de victoires et reculé les limites de r£mpire à aller de porte en porte demander son pain , c^st ce que la saine raison ne doit et ne peut admettre. Ce M. Jornandès a calomnié Justinien ; il a fait plus : il a calomnié le peuple romain ; car , dites-moi , que devrait-on penser d'un peuple qui aban» donnerait aux horreurs de la plus affreuse misère, fût-elle méritée, un de ses plus grands capitaines? Il n'y aurait donc pas eu, parmi ce peuple, un seul soldat vétéran ayant une chaumière à lui? Si ce soldat eût existé, et il en existait nécessairement, n'aurait-il pas ouvert sa porte à son vieux général sans asile et sans pain? Je le répète, le récit du Goth Jornandès est un roman ; peut-être a-t-il inventé «ette histoire pour jeter de la déconsidération

Page 1