CHAPITRE XIV
libre normal. C'est pour rétablir cet équilibre que les pilules, les potions de toutes sortes, voire même les médecins , ont été inventés , ajouta Napoléon en souriant. C'est une belle chose, allez , que la médecine. Mais , encore une fois , nepensons pas aujourd'hui à toutes les fadaisesd'Esculape,et parlons de la France et de nos amis absents.
Et ici Napoléon étouffa un soupir.
— Cette journée doit être consacrée à la joie; nous la passerons ensemble, en famille; nous porterons la santé de tous ceux qui nous sont chers... là-bas.
Et les yeux de l'Empereur s'arrêtèrent instinctivement sur le portrait de son fils et de Marie-Louise , qui étaient suspendus au chevet de son lit.
— Je vous ai fait de la peine, mes amis , et à vous aussi peut-être, docteur, ajouta-t-il en fixant ses regards éteints sur Antommarchi ; je vous promets d'être bien sage ; mais aussi je m'affranchirai de votre tutelle aujourd'hui, parce que c'est ma fête.
Le ton presque jovial avec lequel l'Empereur avait prononcé ces mots remit chacun en belle humeur. Mais un œil observateur aurait pu s'apercevoir facilement que la philosophie qu'affichait Napoléon n'existait qu'à la surface, et que son âme demeurait sous l'influence de pénibles pressentiments ; mais on était si heureux de croire à cette philosophie que nul n'aurait songé à la combattre.
— Allons , reprit l'Empereur , je m'habillerai aujourd'hui : ne s^is-je pas le roi de la fête ? Nous passons la journée ensemble , c'est convenu ; à onze heures , nous déjeunerons sous la tente ; puis , à sept heures, nous dînerons.
- Et , sur un geste que fit Napoléon , tout le monde se retira , excepté Marchand , qui resta pour présider à sa toilette. Bertrand et Montholon , ainsi que le docteur Antommarchi , retournèrent dans leurs logements. Quant à madame Bertrand , elle resta dans le salon de Longwood , car l'Empereur avait manifesté le désir qu'elle ne se fatiguât pas , souffrante