CHAPITRE XIV. i
maréchal de ses craintes pour la santé de l'illustre malade si la pluie venait à tomber.
Napoléon, qui devina la pensée du docteur, se pencha un peu en dehors de la portière.
— Que dit le docteur? demanda-t-il ; que je ferais mieux peut-être de ne pas sortir aujourd'hui. Est-ce cela?
— Sire , répondit Antommarchi , je faisais remarquer à M. le grand maréchal l'état de la température , et je formais le vœu que Sa Majesté ne poussât pas trop loin sa promenade.
— Eh bien ! cher docteur, vos observations météorologiques auront le même sort, aujourd'hui , que vos prescriptions médicinales : je n'en tiendrai aucun compte. Gomment! docteur, vous voudriez , un jour comme celui-ci, m'interdire , outre le boire et le manger, l'air et le soleil ? Il n'en sera pas ainsi. Demain je me replacerai sous votre joug ; mais aujourd'hui je veux être libre malgré vous et le brigando siciliano (sir Hudson Lowe, que Napoléon désignait souvent ainsi).
— Sire , lin refroidissement causé par le vent ou par la pluie aurait les plus graves inconvénients pour la santé de Votre Majesté.
— Vous pensez cela , vraiment, docteur ?
— J'en suis convaincu, sire, foi de médecin.
— Foi de médecin ! répéta Napoléon ; ah ! que dites-vous là? dit-il d'un ton narquois; est-ce que messieurs les médecins ont de la foi ? Les matérialistes n'en connaissent pas. Votre parole, docteur, j'aime mieux cela.
— Ma parole d'honneur , sire ; et j'ose dire plus : je persiste dans mon opinion.
— Eh! qui vous fait supposer qu'il y aura un changement en mal dans notre atmosphère ?
— Sire , tout me porte à le croire : le vent du sud, ces nuées, ces bouffées de chaleur qui viennent de la mer , tout me présage le changement de temps que je redoute.
Et le docteur indiquait le tout de la main.
— Allons , docteur , reprit Napoléon , vous n'êtes pas un grand clerc; je suis meilleur prophète que vous, moi ! il fera beau toute la