CHAPITRE XIY
journée, et les nuages qui vous effrayent vont se dissiper d'ici à une heure , parce que c'est aujourd'hui le jour de ma fête et qu'il lui faut du beau temps. Vous ne croyez pas cela, vous, ajouta Napoléon , qui avait signalé sur la physionomie du docteur un léger mouvement d'incrédulité , parce que vous ne croyez à rien , vous autres , mais vous y viendrez. Si vous aviez , comme nous , assisté à trente batailles , vous seriez moins incrédule. Sachez que le ciel a toujours joué le rôle principal dans les grands événements de ma vie, et que le soleil de la Saint-Napoléon a toujours été le frère du soleil d'Austerlitz.
Cette conversation , vivement échangée de part et d'autre , avait été d'abord frivole et badine; mais elle avait pris peu à peu un caractère de gravité que les dernières paroles de l'Empereur n'avaient pas peu contribué à lui imprimer.
Antommarchi se tut et se résigna; Napoléon ayant donné l'ordre au cocher de partir, la caravane se mit en mouvement.
Pour le dire en passant, dans cette circonstance le véritable prophète fut Napoléon ; le vent tourna comme par enchantement du sud à Test, les nuages se dissipèrent, et un soleil brillant apparut dans les deux comme un roi au milieu de sa cour. Les rafales cessèrent en même temps , et une brise odorante , qui arrivait de la mer , vint caresser le visage des promeneurs d'une senteur embaumée.
L'Empereur parut content de l'accomplissement de ses prédictions. Aussi, faisant approcher le docteur , qui s'était tenu un peu en arrière de la calèche, pour mieux observer le ciel, illuidit:
— Eh bien! maintenant croyez-vous en savoir plus long que moi ? et voudriez-vous encore me débiter de vos almanachs , quand les miens l'emportent sur les vôtres ?
— Sire , je m'avoue vaincu , répliqua Antommarchi en inclinant la tète.
Tout en discourant ainsi , soit avec les généraux Bertrand et Montholon, soit avec madame Bertrand et ses enfants , on parcou-