CHAPITRE XIV
matin à mes amis était l'expression de ma pensée : cette fête est la dernière que je passerai au milieu de vous ; qu'ils espèrent pour eux , ils en ont la possibilité ; mais qu'ils n'espèrent plus pour moi , parce que tout est fini pour Napoléon; son empire est désormais hors de ce monde.
L'Empereur parut alors méditer sans paraître prêter une oreille attentive aux paroles de madame Bertrand, qui tâchait, par ses discours , de faire descendre dans ce cœur rempli d'angoisses un baume consolateur.
Cependant la voiture ne tarda pas à s'arrêter ; on était arrivé à Longwood.
— Allons , dit l'Empereur en descendant le premier pour donner la main à la comtesse , faisons contre fortune bon cœur , soyons gai.
Napoléon fut reçu au seuil de Longwood par les généraux Montholon et Bertrand , par le docteur Antommarchi et par toute sa maison. Après s'être retiré quelques instants dans son appartement , il reparut dans le salon ;
puis, posant doucement le bras de madame Bertrand sur le sien , il entra dans la salie à manger , en disant :
— Qui m'aime nous suive.
On se mit à table. Cuisiniers et chef d'office s'étaient surpassés ; jamais peut-être festin si bien ordonné n'avait été servi à Longwood. Le talent culinaire de Consot et de Chandelier avait vaincu toutes les difficultés que présentait l'indigence de File en fait de comestibles. L'Empereur qui, d'ordinaire, n'apportait qu'une médiocre attention à l'ordonnance de ses repas , fut le premier à rendre justice au talent de son maitre d'hôtel et de son chef d'office.
— Sire, dit résolument Chandelier, c'était pour nous un jour de bataille ; nous avons fait tous nos efforts pour nous distinguer.
— Et vous avez réussi, mes braves enfants, fit Napoléon en souriant de la boutade de ce serviteur.
Le dîner fut aussi gai qu'il pouvait l'être. On parla des souvenirs que ce jour devait