CHAPITRE XIV. i
TEmpereup , et quelques larmes vinrent se mêler silencieusement à la mousse pétillante qui débordait de toutes les coupes.
£n ce moment, le bibliothécaire Saint-Denis entra, et, par un excès de zèle, ou plutôt par le désir de contribuer à la joie de la fêle, annonça que les officiers anglais du 20" régiment venaient de découvrir une comète audessus du pic de Diane , le plus élevé des rochers de l'île.
— Une comète ! s'écria Napoléon en faisant un mouvement brusque sur son siège , ce fut le signe précurseur de la mort de César ! Docteur, ajouta-t-il en s'adressant à Antommarchi, voyez donc ce qui en est.
Le médecin sortit , resta un quart d'heure absent et rentra. Pendant cette absence , Napoléon avait gardé le silence : tout se taisait autour de lui.
— Eh bien ! docteur? lui demanda-t-ii avec vivacité.
— Rien, sire.
— Gomment rien ! et cette comète?
170 MYSTÈRES DE SAINTE-flÉLÈNE.
— On s*est mépris, sire ; j'ai longtemps observé le ciel, je n'ai rien découvert.
— Vous me trompez , repartit Napoléon ; je suis arrivé au bout de ma carrière, tout me l'annonce ; vous seul vous obstinez à me cacher la vérité; que vous en revîendra-t-il? Mais pardon , j'ai tort ; vous m'êtes attaché, je vous sais gré de votre intention. Pardon, docteur, ajouta-t-il encore.
Et Napoléon garda un moment le silence , qu'il rompit bientôt en disant :
— La dernière Saint-Napoléon est passée ! Merci , mes amis , de vos hommages et de vos souhaits. A demain.
Et accompagnant ces adieux d'un sourire étrange, il se leva et passa lentement dans ses appartements.
Tous les assistants avaient quitté la table en même temps que lui. Le grand maréchal s'approcha alors d'Antommarchi, et lui dit :
— Eh bien ! docteur , celte comète ?
— César va mourir , répondit celui-ci , et l'astre qui présage sa fin brille au ciel. Voyez-