CHAPITRE XV
loin de la tente un jardin où le héros, au milieu des fleurs,yenait, en se promenant chaque jour, rêver à la gloire de ses armes. »
Et qu'on ne croie pas que cette douce passion pour Tagriculture ait été le privilège exclusif des héros de la Grèce et de Rome. Chez nous, peuples d'hier, nmués de Barbares y comme Voltaire appelait les nations de l'Europe, ce sentiment s'est traduit également à toutes les époques, sans que ni la barbarie , ni la civilisation y fissent rien ; ce qui prouve que Dieu lui-même a placé dans l'âme des héros, destructeurs de l'espèce humaine si l'on veut, les moyens de rendre à la vie ce qu'ils ont sacrifié à la mort , en un mot d'aider la terre à former les hommes ; car l'agriculture est le grand baume de la guerre.
Notre rude et intrépide Duguesclin, dans les courtes trêves que lui laissa le soin de la défense du royaume, se rendait à sa métairie de Bretagne, et plantait, bêchait de ses mains victorieuses quelques plates -bandes ombragées de rosiers sauvages et de chèvre-
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feuilles odorants. On montre encore à Sacé, petit bourg des environs de Broon, un terrain qui ne produit plus aujourd'hui que des bruyères, et qui a retenu le nom de Jardin du bon Connétable» De sorte que si les domaines du guerrier qui sauva la France de l'Anglais, il y a cinq cents ans, ont disparu sans relaur de la surface du sol, du moins le coin de terre où le héros venait se reposer de ses fatigues est-il encore l'objet de la vénération des générations qui lui ont succédé.
Trois cents ans plus tard, deux autres guerriers non moins chers à la France, Turenne et Condé, payaient également untribut à cette douce passion des grands cœurs : le jardinage. Turenne, dans sa belle terre de Malavèze, aux environs de Sedan, s'appliquait à faire fleurir l'agriculture , et ne dédaignait pas de manier lui-même le râteau. Quant au grand Condé, qui de nous n'a contemplé avec recueillement, en visitant le château de Vincennes, le petit balcon où, pendant sa captivité, il cultivait des œillels? « Mars était