‹ Les mystères de Sainte HélèneChapitre 162 sur 179 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

uns de ses décrets , et par la plupart des lois qui régissaient le sol sous son règne. Général en chef, on le vit constamment donner aux agriculteurs des pays soumis des preuves évidentes de sa sympathie. En Italie, 11 fait mieux encore que de protéger les laboureurs, il leur distribue des sauvegardes, et porte des ordres du jour très-sévères contre ceux qui attenteraient à la tranquillité des cultivateurs. En Egypte, il accorde aux fellahs toute la protection désirable, et leur distribue même, notamment dans la haute Egypte, des instruments aratoires, qu'il a apportés d'Europe, et dont il veut doter à tout jamais la terre des Sésostris. Devenu consul , le premier soin de Napoléon est de tendre la main à l'agriculture, qui avait dépéri comme les arts, et de lui offrir tous les gages de sécurité dont elle avait besoin. Il fait plus encore , il la décharge d'une partie de l'impôt de guerre, et lui livre, en échange de cette faveur toute royale, des terres à défricher et des landes à planter. La voix du consul, qui ne tarda pas à devenir celle de l'Empereur, fut

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entendue, et , de toutes parts, des terrains, jadis abandonnés, se couvrirent de moissons et promirent à la France impériale des richesses inépuisables pour l'avenir.

L'exil et la captivité ravivèrent chez Napoléon toutes les illusions, tous les souvenirs de sa jeunesse. 11 se reportait volontiers au temps où , à Ajaccio , il arpentait le jardin de son grand -oncle l'archidiacre Julien, aidant le vieillard à aligner ses plates-bandes et à ratisser ses allées. Son séjour à l'école militaire de Brienne avait aussi laissé dans sa mémoire des traces profondes , et il aimait à raconter avec quelle sollicitude il cultivait le petit carré de terre que les minimes accordaient à chaque élève , et que ceux-ci bêchaient et ensemençaient aux heures de leurs récréations. Le caractère des écoliers se révélait dans leurs travaux rustiques. Ceux d'un esprit superficiel ne faisaient venir, dans leur petit domaine, que des fleurs; les plus sensés y amassaient des plantes utiles. Quanta Napoléon, son terrain était divisé géométriquement en quatre

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parties égales : dans la première il avait fait pousser quelques épis, dans la seconde il cultivait un jeune cep de vigne , la troisième contenait des graines potagères , et la quatrième était consacrée aux fleurs ; il manifes* tait ainsi, dès l'âge le plus tendre, les qualités ëminentes qui, un jour, devaient faire de lui non-seulement le premier capitaine des temps modernes, mais encore le premier organisateur du monde.

Les infernales instructions de HudsonLowe, qui se traduisaient en entraves de toutes sortes, avaient depuis longtemps fait prendre à l'illustre captif la résolution de ne plus sor tir de Longwood. Cette stagnation, chez un homme dont la vie avait été si active , si agitée, produisit des effets fâcheux : ses maux s'aggravèrent; les symptômes de la maladie dont il avait le germe , et que le climat de Sainte-Hélène devait développer avec une effrayante rapidité, prirent tout à coup un caractère alarmant. L'Empereur cependant , sourd aux prières de ses amis, aux incessantes

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recommandalions de son médecin, s'acharnait à rester dans sa mortelle inaction.

— Ne voyez-vous pas, répondait-il aux supplications de ses officiers, que le terme ap* proche? L'Angleterre a hâte de contempler mon cadavre; il faut la satisfaire» D'ailleurs quelques années de plus ou de moins passées sur ce triste rocher ne changeraient rien à ma position. Ne. suis-je pas une victime sacri- Hée à la rage britannique? Il faut donc que les destins s'accomplissent !

On avait beau combattre ceis sinistres pressentiments, Napoléon y revenait sans cesse. L'espérance, cette dernière consolation des malheureux, avait fui de son âme; il ne se berçait plus, comme au commencement de son exil, de ces douces et bienfaisantes chimères qui allègent la haine du captif; il jugeait sa position telle qu'elle était , et il ne comptait plus ni sur les honunes, ni sur les événements. Quand , poussé par un zèle indiscret, quelqu'un de ses serviteurs essayait de faire briller à ses yeux un coin de cette glace fantastique où

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