CHAPITRE XV
bilIé à peu près de la même façon, au centre du jardin de Longwood. Novarraz, le premier valet de pied de Napoléon, qui avait l'habitude des travaux rustiques, fut nommé par l'Empereur lui-même , en plaisantant , son jardinier en chef, dignité que le bon Suisse accepta sérieusement, parce qu'il comptait en remplir les fonctions avec toute la dignité helvétique.
Dès le début de ces travaux champêtres. Napoléon sembla reprendre toute sa gaieté. En apercevant, quelques jours après, Antommarchi, qui arrivait tard , lui qui s'était mis à l'ouvrage longtemps auparavant s'écria , dans un accès de gaieté :
— Allons donc , paresseux de docteur, accourez donc!... Eh bien ! étes-vous content de votre malade? EsUce assez de docilité et d'exactitude de ma part? Tenez, ajouta-t-il en montrant de l'œil ce qu'il avait fait déjà le matin , voilà ce qui vaut mieux que vos pilules.
Napoléon reprit son travail ; mais au bout
190 MYSTÈRES DE SÀINTE-HÉLÈXE.
de quelques minutes , il fut forcé de Tinter* rompre pour se reposer.
— Le métier est rude, fit-il , je n'en puis plus; j'en ai assez fait aujourd'hui.
Et, jetant loin de lui la bêche qu'il tenait à la main, un sourire vint errer sur les lèvres d'Antommarchi. Napoléon, devinant la pensée du docteur, reprit aussitôt :
— Je vois votre pensée ; mes belles mains, n'est-ce pas? JLaissez, j'ai toujours fait ce que j'ai voulu de mon corps ; il faudra bien que mes mains se ploient à cet exercice.
En effet, Napoléon s'y habitua peu à peu et prit goût au métier.
Au temps de sa puissance , tout le monde avait été soldat; devenu jardinier, il voulut que tout le monde le fût à Longwood. On ne voyait plus dans la maison, depuis le plus grand jusqu'au plus petit, que des gens portant des instruments aratoires : c'était une frénésie. L'Empereur riait de ces métj^morphoses et s'en amusait beaucoup. Personne n'échappa à la corvée. Il n'y eut que les dames