‹ Les mystères de Sainte HélèneChapitre 168 sur 179 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

tôjt OU tard contraint de déposer la bêche comme il avait été forcé d'abdiquer la cou* ronne : il en prit son parti ; mais, avant de renoncer tout à fait à ces travaux rustiques, il voulut achever un banc de gazon qu^il avait commencé sous l'ombrage d'un groupe de petits arbres à gomme, non loin du bassin où se prélassaient quelques petits poissons. Dans la pensée de l'Empereur, ce banc devait lui servir de halte, quand, avec la comtesse Bertrand, il se promènerait dans le jardin , ou lorsqu'il viendrait visiter ces petits poissons dont il cherchait à étudier les mœurs et les habitudes.

Ce banc, après bien des travaux, fut enfin terminé. Les Chinois avaient apporté la terre pour l'élever; mais Napoléon seul, aidé d'Antummarchi, avait incrusté la mousse dans ses fissures. Pour alimenter la fraîcheur du gazon, il avait pratiqué une rigole souterraine qui devait conduire autour de ce trône champêtre quelques filets d'eau.

— Que pensez-vous de ce monument, doc-

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teur? fit Napoléon en s'appuyant sur sa bêche et en regardant Antommarchi.

— Je pense, sire, que Votre Majesté en a édifié de p]us beaux et de plus solides, mais que, dans ce frêle édifice de verdure, de même que dans ses colonnes de bronze et ses arcs de triomphe de marbre, elle a révélé la grandeur et rétendue de son génie.

— Mon banc durera moins que le passage du Simplon et du Saint - Gothard , reprit Na-poléon, qui ne jugea pas à propos de répondre àla flatterie du docteur; maisnMmporte...Tout fragile qu'il est, il me survivra, j'en suis certain .

— Sire , je suis loin de partager le pressentiment de Votre Majesté. Ce banc n'a qu'une saison à vivre, et Votre Majesté a encore, pour me servir des expressions pittoresques des soldats du SS^'r^iment, plus de dix campagnes dans le ventre.

Ce propos fit sourire l'Empereur, qui répliqua :

— Cela pouvait être vrai il y a deux ans. docteur, maïs aujourd'hui!...

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