CHAPITRE XV
Et 11 accompagna ces paroles d'un signe de tète négatif.
— Ce travail sera ma dernière victoire, reprit-il après un silence. Quoi qu'il en soit, j'emmènerai demain madame Bertrand à cette place, parce que je suis sûr qu'elle sera bien aise de la surprise que je lui aurai ménagée. La pauvre femme, elle est aussi malade que moi, et je crains bien que l'un et l'autre nous ne restions pas longtemps ici... Mais partons, docteur, le jour baisse et il ne faut pas qu'elle nous surprenne ici... cela gâterait tout. Les surprises, comme les conspirations, doivent éclater comme la foudre.
Et FEmpereur, prenant le bras d'Antommarchi, regagna lentement la maison.
Le lendemain, après son déjeuner. Napoléon se dirigea avec le docteur vers le fameux banc. Mais quelle ne fut pas leur surprise en apercevant un homme qui s'y était couché sans façon !. C'était le vieux Tobie.
L'Empereur, qui avait d'abord froncé le sourcil, se prit tout à coup à sourire dès
qu'il eut reconnu le vieil esclave de M. Balcombe.
— Voilà donc Tobie usurpateur, fit-il en hochant la tète ; il est écrit qu'on en rencontrera partout et toujours.
Et, comme le docteur s'était approché pour réveiller le vieux nègre, Napoléon le retint par le bras en disant :
— Ne troublez pas son sommeil ; ce pauvre diable rêve peut-être à sa patrie ; il embrasse, dans un songe menteur, sa femme et son enfant ; ne le réveillez pas. Hélas! sur ce rocher il est si doux de dormir!... le sommeil, voilà la fée protectrice de Sainte-Hélène. N'importe, ajouta-t-il en se retournant vers Novarraz, qui était survenu , tu diras à Tobie de choisir à l'avenir un autre gîte que mon banc de gazon. Etnouâ, docteur, continua-t-il en s'adressant à Antommarchi , allons au-devant de madame Bertrand , cela donnera le temps à l'usurpateur de mon trône de se réveiller. Mais, en général , les usurpateurs ont le sommeil dur, ajouta Napoléon d'un ton narquois, et