CHAPITRE XVI
nière était blonde et fraîche comme ses fleurs : elle avait des yeux bleus, d'une expression de bonté si gracieuse, que Napoléon en fut frappé.
— Comment vous nommez-vous, mademoiselle? lui demanda«t-il tout d^abord.
— Jenny , monsieur, répondit celle-ci en assez bon français, mais comme effrayée de cette subite apparition.
— Votre nom de famille? reprit l'Empereur.
— Braston, fit-elle d'un ton encore plus embarrassé.
— Vous paraissez aimer beaucoup les fleurs, et vous entendre à leur culture?
— Hélas t monsieur, cette occupation est ma seule ressource.
— Gomment cela ?
— Tous les jours je vais à la villô porter les géraniums que vous voyez , et je vis de trois ou quatre pence que l'on me donne en échange de mes bouquets.
— Mais alors voire père et votre mère, que font-ils donc?
— Je n'en ai plus, monsieur, répondit la jeune fille avec une profonde émotion.
i — Pas un seul parent ?
— Pas un seul, monsieur, je suis tout à fait étrangère à cette lie. Il y a trois ans, mon père, ancien sous-officier de Tarmée anglaise, et noa mère, qui était Hollandaise, partirent de Londres et m'emmenèrent avec eux pour aller rejoindre, disaient-ils, des parents que nous avions aux Indes , et qui devaient les aider. Nous n'étions pas riches : mes parents eurent toutes les peines du monde à amasser la somme nécessaire pour faire ce long voyage ; mais, hélas! ils ne devaient pas en voir le terme : mon père mourut pendant la traversée, et lorsque notre vaisseau relâcha dans cette lie, ma malheureuse mère était si souffrante que Ton nous y laissa. Elle fut longtemps malade, et nous n'avions plus de ressources. Pour apporter un peu de soulagement à notre misère, je m'avisai de vendre des fleurs. Un négociant delà ville, qui, comme vous, m'interrogea sur noire situation, eut pitié de nous;