CHAPITRE XVI
il naus donna cette chaumière, où ma mère et moi nous vécûmes, pendant deux ans, du produit de ce petit jardin. Il y a un an, ma pauvre mère, qui avait eu une rechute , obtint de Dieu un terme à ses souffrances. Elle me recommanda d*avoir du courage, et vous le voyez, monsieur, je lui obéis.
En parlant ainsi, Jenny n'avait pu retenir ses larmes.
Pendant ce court récit. Napoléon s'était ému; quelques mots inintelligibles étaient sortis de sa bouche, enfin il dit distinctement :
— Pauvre enfant ! mais vous, mademoiselle, qu'avez- vous pu faireà Dieu pour ètrejetée dans un pareil lieu et si misérablement? Singulier rapprochement de destinée ! ajouta Napoléon à voix basse; comme moi, elle n'a plus de patrie, plus de famille!...
Et en disant ces mots , un soupir, d'autant plus poignant qu'il avait été plus concentré, s'échappa de la poitrine de l'Empereur. Ainsi l'homme que la perte des deux plus beaux trônes de l'Europe avait trouvé calme et rési-
808 MYSTÈRES DE SÀINTE^HÉLÊNE.
gné, pleura au souvenir de sa mère Mais
bientôt, reprenant toute sa fermeté, il dit à la jeune fille :
— Mademoiselle, je désirerais emporter un souvenir de ma visite ; cueillez-moi un bouquet.
Jenny assembla ses plus jolies fleurs, et les présenta à Napoléon, qui en échange lui donna cinq pièces d'or.
— Oh ! mon Dieu I monsieur, s'écria la jeune fille, pourquoi n'étes-vous pas venu plus tôt! Ma pauvre mère n'eût manqué de rien et elle ne serait pas morte.
— Bien, mon enfant, fit Napoléon plus ému que jamais , voilà de bons sentiments ; je re^ viendrai vous voir.
Alors Jenny, regardant les cinq pièces d*or, ajouta en rougissant :
— Mais , monsieur, je ne pourrai jamais vous donner assez de fleurs pour une si grosse somme.
— Que cela ne vous inquiète pas , mademoiselle, répondit Napoléon en frappant légé-