CHAPITRE XVI« 2ii
bane de Jenny. Alors celle-ci, qui le guettait devant la porte, allait à lui, lui offrait un bouquet et une tasse d'eau; puis l'Empereur, après avoir remercié en peu de mots, continuait sa promenade tout en devisant sur l'excellent caractère de cette jeune fille avec ceux qui l'avaient accompagné jusque-là lorsqu'il n'y était pas venu seul.
Plus tard et lorsque l'affection terrible à laquelle il succomba eut fait des progrès tels qu'il ne put plus sortir de Longwood aussi souvent qu'il l'eût voulu , Jenny, ne voyant plus son bienfaiteur, vint tous les jours à Longwood s'informer de sa santé, et , après avoir offert seulement son bouquet , s'en retournait tristement.
Un jour, cependant, qu'elle était dans son jardin, elle entendit un roulement de voiture. Elle traversa le chemin et se trouva en face de l'Empereur ; mais à peine lui eut-elle adressé quelques mots de compliment, que la figure de Napoléon prit tout à coup une expression de tristesse.
-— Vous me trouvez bien changé , n'est-ce pas , mon enfant ? lui dit-il d'une voix éteinte,
— C'est vrai, sire; mais maintenant vous allez vous rétablir.
— J'en doute, fit l'Empereur en hochant la tète d'un air d'incrédulité. Toutefois , aujour* d'huî, j'ai voulu vous faire une visite.
Aidé d'un de ses compagnons d'exil , Napoléon descendit avec effort de sa voiture, et, ap* puyé sur le bras de Jenny, entra dans la chaumière ; et, quand il se fut assis :
— Donnez-moi une tasse d'eau , lui dit-il ; cela apaisera peut-être le feu qui me dévore... là..., ajoutâ-t-il en portant les deux mains sur sa poitrine.
Jenny se hâta, et dès que Napoléon eut bu la moitié de la tasse qu'elle lui avait présentée d'une main tremblante, sa figure, de contractée qu'elle était, redevint sereine.
— Merci, ma chère enfant, lui dit-il avec bonté, cette eau semble avoir calmé tout à coup mes souffrances. Si j'en avais pris plus