‹ Les mystères de Sainte HélèneChapitre 175 sur 179 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

tôt..., ajoata-t-il en levant les yeux au ciel; mais maintenant il est trop tard...

— Alors, reprit Jenny en affectant de donner de la gaieté à son visage, je suis bien heureuse que cette eau vous paraisse si bonne ; je vous en porterai tous les jours, et elle vous guérira tout à fait.

— Non ! c*est inutile, je ne m'abuse pas, ma chère enfant ; c'est ma dernière visite. Il y a ici un dobre sordo qui me tue (et Napoléon désignait son cœur) ; mais, puisque je ne vous verrai peut-être plus, je veux au moins vous laisser un souvenir de mon amitié. Que puis-je faire pour vous ?

-^ Âh ! sire , s'écria Jenny en fondant en larmes et en tombant aux pieds de l'Empereur, votre bénédiction, voilà tout ce que je désire, tout ce que je souhaite , tout ce que j'ambitionne.

Alors Napoléon, avec cette gravité que donne la foi, car il avait toujours eu les croyances qui font l'honnête homme, posa ses deux mains sur la tétede la jeune fille en disant :

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— Je VOUS la donne , mon enfant ; soyez heureuse.

Depuis ce jour, Jenny ne manquait pas de se rendre religieusement à Longwood. Elle portait de Feau de la source et un bouquet, et s'en retournait chaque fois plus triste ; car chaque jour elle rapportait de la santé de rSuipereur des nouvelles plus alarmantes.

Un matin que le soleil était plus brillant que d'habitude, et que, plus gaie, Jenny se rendait à Longwood, elle y arriva avec cette espérance d'enfant qui lui donnait une secrète confiance dans l'eau de la source. On lui avait dit, la veille, pour lui cacher la vérité, que l'Empereur allait mieux. Son imagination reconnaissante avait tout de suite créé un miracle, et ce miracle c'était la guérison de son bienfaiteur.

Elle arriva... Mais, hélas! que la réalité était loin de ses rêves! Elle trouva tout le monde consterné. Cette fois, craignant pour la vie de celui qu'après Dieu elle aimait le plus au monde , et voulant au moins le revoir une

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fois pour lui dire un dernier adieu , elle demanda à être admise auprès de TEmpereur. On lui répondit qu'il était très-mal , et que ce n*était pas possible. Elle pria , supplia , et ses larmes eurent tant de puissance, qu'elle fut introduite dans la chambre de Napoléon.

C'était le moment solennel où l'Empereur, entouré de ses fidèles serviteurs , après un long abattement dans son lit de douleur, avait demandé qu'on lui ouvrit la fenêtre placée du côté de la France, et, après avoir adressé des adieux touchants à cette chère patrie, le délire s'était emparé de lui, ses membres s'étaient roidis par les convulsions , ses yeux étaient devenus fixes, on avait encore entendu sortir de sa bouche les mots de : Mon fils!.. . France L . . et il avait expiré,

A cette vue , Jenny tomba à deux genoux ; puis, faisant un effort, elle essaya de saisir la main ^ue Napoléon avait hors du lif... Mais aussitôt sa tête s'était penchée, ses lèvres s'étaient décolorées; ses paupières s'appesantît

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rent, et elle retomba doucement an pied du lit, comme si elle eût succombé à un sommeil irrésistible... la pauvre Jenny ne se réveilla plus!

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