DE L^ABOICATION DE FONTAINEBLEAU
pour le quart d'heure. Seulement il faut que n vous sachiez que vingt mille ouvriers , la plupart vieux troubadours comme moi, et habitué» aux coups de fusil , sont prêts à se lever en masse. Ils ont des armes et des cartouches ; dites-un mot, et nous tombons sur les Cosaques, sur les Prussiens , sur les Russes , sur les Anglais, voire même sur les Autrichiens, qui sont de votre famille , et sur tous ceux qui se sont imaginé qu*ils pouvaient se promener tranquillement dans votre capitale la canne à la main. Nous les chasserons de Paris ; les bourgeois , en nous voyant manœuvrer, se rappelleront, faut croire , que ce n'eSt pas du jus de navet qui coule dans leurs veines, et le tremblement sera complet. Voilà, mon Empereur; tout sera arrangé, disposé, et Forganisation est emmanchée soigneusement. Nous avons des chefs ; il ne nous manque que votre permission pour commencer le bousculement général. Maintenant, mon Empereur, voulez-vous encore partir, oui ou non?
Napoléon avait écouté le vieux soldat sans
rinterrompre ; quand celui-ci eut fini déparier:
— Dis-tu vrai? lui demanda-t-il d'un ton affectueux; ne t'aurait -on pas trompé toimême? car, je te le répète, tu n'as pu voir par tes yeux...
— J'ai tout vu de mes propres yeux.
— Mais cela me parait bien difficile à croire, pour ne pas dire impossible; ton service ici, à Fontainebleau...
— Eh bien ! mon Empereur, puisqu'il faut tout vous dire , je n'ai plus celui d'appartenir à votre garde.
A ces mots , Napoléon fit un geste d'étonnement et recula' de deux pas. Alors le soldat ouvrit sa capote et fit voir à l'Empereur la veste d'ouvrier qu'elle recouvrait, et sur laquelle brillait l'étoile de la Légion d'honneur.
— Mon Empereur, reprit-il , j'ai été forcé d'emprunter la casaque d'un de mes anciens camarades pour m'infiltrer jusque chez vous, car j'ai reçu mon congé définitif en revenant de Moscou; mais pendant cinq ans j'ai fait partie de la quatrième du deuxième du pre-