‹ Les mystères de Sainte HélèneChapitre 23 sur 179 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

lyrans!... Noire situation peut même avoir quelques attraits. Le monde nous contemple ! .. , Nous demeurons les martyrs d*une cause immortelle !... Des millions d'hommes nous pleurent, la patrie soupire et la gloire est en deiiil!... Nous luttons ici coqtre l'oppression des dieux de la terre ; mais, croyez-le, les vœux des nations sont pour nous !

Et après une pause de quelques secondes, il ajouta :

— Mes véritables souffrances ne sont point ici ... Si je ne considérais que moi, peut-être aurais-je à me réjouir!... Les malheurs ont aussi leur héroïsme et leur gloire !... L'adversité manquerait à ma carrière!... Si je fusse mort sur le trône, dans les nuages de ma toutepuissance, je serais demeuré un problème pour bien des gens; aujourd'hui, grâce au malheur, on pourra me juger à nu !

Toutes les promenades de l'Empereur commençaient ou se terminaient toujours par une halte devant Tobie. Plus d'une fois le souvenir de ce beau tableau de notre moderne école ,

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représentant fiajazet écoutant le sistre d*un berger, la veille de la bataille que cet empereur livra à Tamerlan et qui devait décider de son sort et de celui de TAsie, vint à l'esprit de ceux qui entouraient TEmpereur. Seulement , ce n'était point le pressentiment d'une défaite prochaine qui amenait Napoléon auprès de Tobie, c'était la sympathie d'une sublime infortune pour une humble misère; c'était une pensée philosophique et non une vague inquiétude de l'avenir. Napoléon était en cette circonstance bien plus grand que Bajazet, comme à la tète de ses armées il avait été plus clément que Tamerlan pour les rois vaincus.

Les libéralités de r£mpereur pour le vieux Tobie n'empêchaient pa& celui-ci de se livrer comme jadis à sa petite industrie de magicien. La case du bonhomme était toujours visitée , le dimanche , par de jeunes et jolies filles de l'ile, par des matelots de passage à Sainte- Hélène, et quelquefois aussi par des dames de haut parage, femmes, filles ou sœurs des

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capitaines de navires marchands qui abordaient dans l'Ile , car il n'est pas un de nous qui ne soit enclin à soulever les coins du voile de l'avenir. On aime, en affaires comme en amour, à connaître les arrêts futurs du destin. Ëston aimé? Sera-t-on riche un jour? Un héritage inattendu viendra-t-il transformer le matelot en subrécargue, le soldat en bourgeois, l'ouvrière en maîtresse ? Tout cela , à vingt ans, occupe les jeunes cervelles ; et puis les dames les plus huppées n'ont-elles pas toujours quelques pudiques secrets au cœur? Dans une navigation de plusieurs milliers de lieues, n'atron pas remarqué un midshipman blond, timide, aux yeux bleus, à la bouche souriante? N'a-t-on pas pu considérer avec quelque plaisir l'adresse d'un maitre timonier, l'audace d'un second, le calme dans les tourmentes de mer d'un enseigne ou d'un passager? La familiarité qu'engendre nécessairement la vie commune sur un vaisseau, qu'il soit surchargé de canons ou de marchandises ; l'oisiveté d'une longue course, etc., etc.; tout cela, encore

une fois, conduit à des sensations, à des idées qui couvent pendant le silence des nuits, et qui se révèlent au jour par des soupirs , des clignements d'yeux et des pressions de mains faites à la dérobée. Si on touche, dans ces dispositions, à une langue de terre, à un rocher au milieu des solitudes de FOcéan, et qu'on apprenne que sur ce rocher il y a un devin, alors on y court et on se fait expliquer ces tempêtes du cœur, ces orages de Fâme, qui effrayent bien plus que les tempêtes de l'Atlantique et les orages du tropique.

Tout ceci ne tend qu'à prouver que la case du vieux Tobie ne désemplissait pas quand il arrivait quelques vaisseaux des Indes , de la Chine ou d'Europe.

L'ile Sainte-Hélène ne présentait pas beaucoup de distractions. Pour tuer le temps, disaien t les femmes qui ne reculent jamais devant un mensonge , et qui aiment à mettre sur le compte de la curiosité ce qui chez elles est le produit du caprice ou des passions qui fermentent sourdement, elles allaient se faire ti<-

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