CHAPITRE m
avec le marbrier, qui en exigeait, je crois, cinq ou six mille francs, lui fît donner rendezvous le lendemain matin à la caisse du ministère pour lui payer cette somme.
« Le marbrier ne manqua pas de se présenter à la caisse à l'heure convenue ; mais , au Heu du caissier , il trouva le préfet de police , qai lui demanda par quels moyens il avait eu cette stalue en sa possession , à qui il l'avait achetée, la présentation de ses livres de vente et d'achat, enfin la constitution de sa propriété. Le marchand avoua que cette statue, comme la majeure partie des objets d'art qu'il avait dans ses magasins , avait été achetée par lui jadis à des hommes inconnus.
K — Mais la statue de Notre-Dame deLorette, interjeta le préfet de police, n'est point dans la catégorie des objets d'art qui ont pu être mis en circulation dans le commerce depuis la révolution; cette statue se trouvait dans les combles du palais du Luxembourg , alors habité par le Directoire exécutif.
« Le marbrier garda le silence.
« — Puisque vous ne voulez pas répondre , reprit Dubois , je vais être obligé de décerner contre vous un mandat d'arrêt provisoire comme receleur et détenteur d'objets appartenant à l'État.
<( Et le préfet prenait déjà la plume, et attaquait la sonnette pour faire venir quelques-uns de ses alguazils, lorsque le marchand se jeta à ses genoux, le conjura de ne point le perdre, lui dit le nom de celui qui lui avait vendu cette statue, le prix qu'il l'avait payée ; enfin il lui détailla si bien les choses que le préfet de police ne put douter de sa véracité. Il en savait assez : le marbrier fut indemnisé et congédié. Le soir même le ministre de l'intérieur vint à Saint-Gloud me raconter tout ce qu'il avait appris sur les dilapidations qui avaient eu lieu au Luxembourg ; mais le Directoire avait déjà tant de scandales sur son compte, que je ne voulus point donner suite à cette affaire , qui embrassait bien d'autres larcins que celui de la statue de Notre- Dame de Lorette, et les choses en restèrent là.