‹ Les mystères de Sainte HélèneChapitre 34 sur 179 · CHAPITRE m. iâl · texte numérisé non relu

CHAPITRE m. iâl

Après ce discours, qu'il avait débité en marchant lentement sur les arêtes des rochers, Napoléon s'assit sur une anfractuosité du roc, posa son front sur ses deux mains et parut réfléchir profondément ; puis , après un silence que nul de ses compagnons n'osait troubler, il releva la tète, et sa physionomie , que ses dernières paroles avaient un peu obscurcie, ayant repris sa sérénité accoutumée, il s'écria en s'adressant à son auditoire dont l'attention semblait suspendue à ses lèvres :

— Mais , messieurs , voyez dans quel vague immense vient de nous lancer le son d'une cloche!... En moins d'une heure nous avons été de la Malmaison à Milan, de Milan en Egypte, puis de Brienne je ne sais où !... Il y a au moins cela de bon dans cette course, c'est que nous avons oublié un moment que nous étions à Sainte-Hélène...

Et l'écho des Briars répéta en mourant le dernier mot prononcé par l'Empereur : A Sainte-Hélène !

Au eolM ifw fmu.

Dans la traversée d'Angleterre à Sainte- Hélène, Napoléon avait été constamment l'objet des soins et des prévenances de l'amiral sir George Cockburn. L'équipage du Northumberland partageait les sentiments de respect et de vénération de son noble commandant pour le grand homme que le sort d'une bataille avait livré au ministère anglais. Officiers, soldats et

matelots, tous semblaient, par l'espèce de culte qu'Us rendaient au monarque dépossédé, protester contre le guet-apens dont il avait été victime ; mais si la grande âme de Napoléon s'était montrée inaccessible à toutes les déceptions qu'il avait éprouvées depuis sa retraite volontaire sous l'inviolabilité mensongère du pavillon britannique, il avait été, lui, profondément touché des témoignages de sympathie que chacun s'était empressé de lui donner. Aussi, à son arrivée à Sainte-Hélène, et dès qu'il fut installé chez M. Balcomb, reçut-il avec plaisir les visites de sir George Gockburn, qui regardait les moments passés avec l'illustre captif comme un glorieux dédommagement de la pénible mission qui lui avait été imposée par son gouvernement.

Un soir, il pouvait être neuf heures, on vint frapper timidement à la porte du pavillon habité par l'Empereur. Santini, son huissier, alla ouvrir, et, après avoir pris les ordres du maître, introduisit l'amiral, car c'était luimême qui s'était annoncé ainsi.

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