CHAPITRE IV
Napoléon était en ce moment occupé a met- Ire en ordre les nombreux matériaux qu'il avait rassemblés pour dicter, plus tard, aux généraux Montholon et Gourgaud sa première et prestigieuse campagne d'Italie. Il était assis devant une grande table de bois des iles encombrée de cartes, de livres, de brochures, et d'une foule de liasses de papiers étiquetées. En apercevant l'amiral, Napoléon se prit à sourire, en même temps qu'il le salua d'une inclination de tête. L'amiral répondit à ce salut en disant :
— Sire, je crains d'avoir choisi un mauvais moment pour la visite que depuis longtemps je désirais avoir l'honneur de rendre à Votre Majesté... Je me retire, ajouta-t-il en baissant les yeux.
A ces mots de sire et de majesté, prononcés par un Anglais, la figure de l'Empereur sembla s'épanouir ; ses yeux brillèrent d'un éclat inaccoutumé.
— Au contraire, restez, M. l'amiral, se hâta de répondre Napoléon d'une voix émue; je
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travaille depuis midi, j'ai besoin de me reposer; nous allons causer un peu : cela me fera du bien.
En parlant ainsi, il s'approcha de Tàtre, où quelques bùcbes d'érable brûlaient, en jetant autour du foyer une vive clarté ; il plaça luimême les bougies sur le manteau de la cheminée, et s'assit dans un fauteuil, après avoir indiqué d'un geste, à l'amiral, un autre siège.
Celui-ci , resté debout , avait attendu que l'Empereur fût assis pour s'asseoir lui-même. Napoléon et sir George se trouvaient ainsi placés vis-à-vis l'un de l'autre à chacune des extrémités de la cheminée. La belle physionomie de l'Empereur, éclairée par la double lueur du feu et des bougies, respirait la placidité et la bonne humeur. Sur le visage de sir George on pouvait lire une satisfaction intime, une joie contenue par la déférence et l'admiration; car cet augusle captif confié à sa garde était naguère encore l'ennemi le plus actif, le plus puissant de l'Angleterre, et dont le froncement de sourcil, comme le Jupiter d'Homère,