CHAPITRER IV
des individus pris en masse veulent conserver leurs traditions et leurs croyances, votre gou-' vemement, dis-je, les met au ban des nations et les réduit à un tel état d'abjection que les esclaves noirs dans ses colonies sont mille fois [^ufs heureux ! Cela crie vengeance. Chez vous, un Irlandais, quel que soit le mérite dont il soit pourvu, est inhabile à remplir les emplois. Et vous vous vantez d'être, vous Anglais, les hommes les plus éclairés du globe? £n vérité, eela fait grand tort à la réputation de philan* thropie que Voltaire vous a donnée en France. Par bonheur, les écrits apologétiques comme les cantiques de M. Arouet, qui avait la manie de tout juger d'après ses sympathies ou ses haines, sont passés de mode. Le monde sait aujourd'hui à quoi s'en tenir à l'égard de vos grands sentiments. Les douleurs et le martyre des Irlandais parlent plus haut et plus fort que les trompettes de l'absurde philosophie du dix* huitième siècle. Oui, les Irlandais sont une brave nation. J'ai eu entre les mains, lors des recherches que j'af fait faire aux archives de
la guerre pour mon expédition d'Egypte, des rapports des généraux de Louis XIV et de Louis XV qui prouvent que la brigade irlandaise au service de France s*était toujours comportée avec une grande valeur et une parfaite intelligence de la guerre. J'ai eu dans mes armées des Irlandais, en petit nombre, il est vrai, mais j'en ai toujours fait le plus grand cas, parce qu'ils sont de braves et intrépides soldats , comme vous l'avez reconnu vousmême tout à l'heure, mon cher amiral. L'Angleterre leur doit une bonne part de ses succes de gloire maritime; et plus grands sont les services, plus grandes aussi sont l'ingratitude et l'injustice. Pour tant de sang répandu, pour tant de dévouement et d'abnégation, l'histoire dira un jour que l'Angleterre a accumulé sur la malheureuse Irlande les misères et les humiliations de toute espèce ; elle dira que les infortunés habitants de ce royaume ont subi, pendant trois siècles, sous le joug de la vieille Angleterre, ce que l'esclavage a de plus inhumain ; elle dira enfin que l'Irlande, en échange