CHAPITRE IV
questions, à quelques branches qu'elles appartinssent. Napoléon passa donc rapidement en revue les artistes, les savants et les philosophes de l'Angleterre, et ne cessa d'étonner l'amiral par la. finesse de ses aperçus et la sagacité de ses jugements. Pope, Sherîdan et Shakspeare a*vaient été lus et médités par lui, et il les regardait comme les trois grands gé-* nies de l'Angleterre, chacun dans un genre différent, u Les traductions que j'avais sous la main, fit observer l'Empereur, n'étaient peutêtre pas très-élégantes, mais elles étaient fidèles, et je me démêlais bien à travers l'embarras du traducteur qui cherche à faire passer dans son idiome natal les beautés souvent peu accessibles d'une langue étrangère, les pensées fortes de vos auteurs. » Napoléon, tout en rendant justice au génie de Shakspeare et aux beautés dramatiques du théâtre anglais, les plaçait cependant bien au-dessous de celles de la scène française, en citant parmi nos tragiques et nos comiques modernes Corneille, Molière, Racine et Regnard. De ces grands
I4â MYSTÈRES DE BAINTE-HÉLÈNB.
maitres de la scène on passa à leurs interprètes, et Napoléon parla de Lekain et de mademoiselle Lecouvreur avec autant de certitude et de sagacité que s'il eût vécu de leur temps et qu'il les eût vus et entendus. Le tour de Talma, de mademoiselle Mars et de quelques autres dont il avait applaudi et encouragé les talents vint à son tour.
— Talma, dit Napoléon, a fait pour le théâtre ce que David a fait pour la peinture. Il a opéré une révolution. Ce grand tragédien a rappelé son art aux saines traditions et aux règles du bon sens. Mes encouragements ne lui ont pas manqué, non plus qu'à mademoiselle Duchésnois, qui partageait avec lui le sceptre tragique. Grâce à Talma, on vit sur la scène française de véritables Grecs et de véritables Romains, et jamais à aucune époque le Théâtre-Français ne rassembla tant de talents du premier ordre. En 1807 , je fis venir à Erfurt Talma avec les principaux artistes de la Comédie-Française. Ils firent un effet prodigieux sur mon parterre de rois, car la salle ne con-