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CHAPITRE IV

de Lekain et de Préville, et votre nation, étant moins expansive que la nôtre, doit oublier plus vite ceux qui ont contribué, sur la scène, à ses plaisirs.

— Pardonnez-moi, sire, répliqua sir George, nous savons reconnaître le mérite dans tous les genres, et les portes de Westminster s'ouvrent pour les dépouilles mortelles d'un grand acteur, d'un savant, d'un soldat ou d'un poète, comme pour le cadavre d'un roi.

— Je le sais, fit Napoléon ; mais il y a loin de la rémunération accordée par la tète d'une nation, c'est-à-dire par sa partie intelligente et éclairée, à la popularité réelle qui se traduit par des souvenirs de carrefours et des traditions de places publiques.

— Sous ce rapport, sire, l'Angleterre n'est pas inférieure à la France, dit l'amiral; et quoique moins enthousiastes que nos voisins, nous conservons aussi bien qu'eux les impressions que nous ont laissées nos grands artistes dramatiques. Ainsi, la mémoire de Kean et de Garrick est souvent invoquée à Londres par

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les gens méiue de la basse classe, et le nom de Nelly Gwyn, actrice du règne de Charles II, (et vous voyez, sire, que cela remonte à cent cinquante ans) est encore prononcé par le peuple avec attendrissement. Il est vrai qu*à cette vieille renommée théâtrale se mêlent des souvenirs de bienfaisance et de désintéressement admirables. '

— Quelle était donc cette Nelly Gwyn? de- i manda Napoléon. !

— Sire, répondit l'amiral, Nelly Gwyn était née dans une infime taverne et n'avait reçu aucune éducation ; comme elle avait la voix agréable, ses parents, dès l'âge de sept ans, renvoyèrent chanter dans les rues. Ce fut là qu'une certaine madame Ross, très-connue ' pour l'élasticité de ses mœurs, s'en empara et

lui fit donner quelque peu d'éducation.

« En 4667, Nelly fut admise au théâtre royal et appartint successivement à plusieurs auteurs et à plusieurs acteurs. Elle vivait maritalement avec un certain Buchorst, comédien très-médiocre, lorsque Charles II la vit et en i

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