CHAPITRE IV
ne pouvant pas faire le bonheur des peuples que je lui avais confiés , il préférait rentrer dans la vie privée plutôt que de devenir le fléau d*une nation qu'il aimait. Puis il s'enfuit de Hollande après avoir adressé des adieux très-touchants a son peuple.
«( Cette algarade de mon frère, continua Napoléon , me mit quelque peu dans rembarras ; mais je ne pus m'empécher, malgré le mécontentement que je lui manifestai plus tard , de reconnaître dans cette façon d'agir un respectable sentiment de loyauté. Louis , délivré des entraves d'une étiquette qu'il ne supportait qu'avec répugnance , rentra dans le far niente de la vie ordinaire et s'y maintint constamment, malgré tout ce que je pus lui dire pour le rappeler dans mon giron. Je serais l'homme le plus abusé du monde si Louis n'était encore aujourd'hui l'homme le plus heureux de la terre. Comme Joseph, il aime et protège les lettres ; mais plus que Joseph , il aime à travailler et à s'occuper de choses utiles et sérieuses.
« Quant à Lucien, poursuivit Napoléon, c*éfait le bel esprit de la famille. A beaucoup de facilité pour tout apprendre et tout concevoir il joignait beaucoup de pénétration , une éloquence naturelle et une énergie peu commune. Lucien, dés qu'il put se mêler des affaires publiques, se fit une opinion dont il n'a pas dévié depuis. Cela fait honneur à ses sentiments et à son esprit. Pendant la révolution, un grand nombre d'écrits politiques furent publiés dans les journaux français signés Bruttis Buotèaparte. Ces écrits me furent longtemps attribués , mais ils ne sortaient jamais de ma plume. Ces articles étaient empreints d'un républicanisme ardent ; mais il faut leur rendre cette justice : c'est qu'aucun d'eux ne respirait cette fureur, cette réaction qui déshonoraient la plupart des pamphlets de cette époque. Lucien écrivait comme il sentait , c'est-à-dire avec feu , avec véhémence ; mais jamais ses opuscules ne dépassèrent les bornes de la décence , de la justice et de l'humanité. Lucien a prouvé jusqu'à l'évidence que les