‹ Les mystères de Sainte HélèneChapitre 49 sur 179 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

opinions qu'il avait émises étaient véritablement l'expression de ses convictions. Parvenu à l'empire, je voulus faire pour lui ce que ma tendresse et ma politique m'ordonnaient de faire pour ma famille. Il s'opposa constamment à mes projets et s'éloigna même de moi. Mais du moment où je devins malheureux , Lucien revint de lui-même et déploya pour me défendre et m'appuyer toutes les ressources d'un talent et d'un caractère qui avaient grandi et mûri dans son exil volontaire. La postérité tiendra compte à Lucien de sa noble conduite, et si un jour ses enfants sont rappelés dans la patrie commune, les Français ne manqueront pas de leur prouver que la fidélité de leur père à Napoléon trahi par la fortune est à leurs yeux un titre imprescriptible d'honneur et de respect.

i( Jérôme n'avait au moral aucun point de ressemblance avec ses autres frères, dit encore l'Empereur; la nature semblait chez lui avoir donné un solennel démenti à son origine , à son pays , en un mot au sang qui coulait dans

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ses veines. Jérôme, dis-je, était moins un enfant de la Corse qu'un enfant de Paris, de Versailles ou de Lyon. Sa nature fougueuse, indisciplinable, le jetait souvent dans de singulières alternatives de joie ou de tristesse, de présomption ou d'humilité.

<( Devenu jeune homme , Jérôme aurait pu rappeler par ses mœurs , par ses allures , les marquis du temps de Molière , les roués du temps du régent... L'0£il-de-Bœuf et le Palais- Royal auraient parfaitement convenu à ses instincts et à ses goûts... Au demeurant , c'était ce qu'on est convenu d'appeler vulgairement un bon enfant, mais d'une prodigalité qui n'avait point de bornes. Son excuse peutêtre pouvait se trouver dans son âge , dans ses habitudes et dans celles des individus dont il s'était entouré, et qui avaient les mêmes goûts que lui. Lors de mon retour de l'Ile d'Elbe , il me sembla avoir beaucoup gagné ; puis il existait un beau témoignage en sa faveur: celui de l'amour véritable qu'il avait inspiré à sa femme , fille de ce terrible roi

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