CHAPITRE IV
de Wurtemberg qui se montra si despote et si dur à l'égard de cette malheureuse mais admirable princesse. »
Après avoir parlé ainsi, Napoléon se tut. Il y eut un moment de silence que M. de Las Cases rompit le premier en mettant sur le tapis l'expédition d'Egypte. Cet illustre compagnon du grand homme lui demanda si le bruit qui avait couru dans les temps à Paris que lui , étant général en chef de l'armée d'Orient , avait songé à embrasser l'islamisme, était vrai. Napoléon s'écria avec une chaleureuse conviction :
— Je crois vous l'avoir dit déjà : mon opinion est que chacun doit demeurer dans la religion où il est né. Jamais je n'ai eu la pensée ni d'embrasser le mahométisme ni de faire de mes soldats des croyants ; Menou fut le seul dans toute l'armée qui poussa la folie jusqu'à arborer le turban, mais son apostasie ne fit que jeter sur lui un ridicule ineffaçable ; il ne fut pas plus estimé parmi les Turcs, qui méprisent hautement les renégats. Menou ,
i60 MYSTÈRES DE SAINTE-HÉLÈNE.
babillé à la turque, faisant précéder son nom de celui d*Abdallah, ne put acquérir ni la moindre influence ni la moindre popularité. Gela est si bien prouvé , qu'après la mort de Kléber, Menou, grâce à l'ancienneté du grade, ayant pris le commandement en chef, mais privé de la confiance de Tannée et méprisé des Égyptiens et des Turcs, il ne put rien faire ni en politique ni en guerre. De toute nullité, d'ailleurs, sous le rapport militaire , administratif et gouvernemental, il accumula bévues sur bévues, sottises sur sottises , et défit en quelques semaines ce que j'avais fait et ce que Kléber avait heureusementcontinué.Menou était un pauvre homme qui se croyait général quand il avait endossé son uniforme , et qui se crut cousin de Mahomet quand il se fut affublé d'un turban. L'Egypte a été perdue pour nous par sa faute.
Puis, après s'être recueilli un instant, Napoléon poursuivit ainsi :
— Non ! pour tous les trônes du monde je n'aurais pas voulu changer de religion. Mais