‹ Les mystères de Sainte HélèneChapitre 51 sur 179 · CHAPITRE IV. 16f · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. 16f

la politique d'un général en chef chargé de soumettre une grande masse d'hommes doit tirer parti de toutes choses dans l'intérêt de sa conquête. Dans les dixième, onzième et douzième siècles , les chrétiens gouvernaient la Syrie ; mais la religion occasionna de fréquentes guerres , et ces guerres furent toutes d'extermination. L'Europe y envoya des milliers d'hommes qui y périrent. Si les Égyptiens eussent été animés du même esprit, il eut été impossible que trente mille Français, qui d'ailleurs n'étaient pas fanatiques , et qui , du reste, détestaient le pays , s'y fussent maintenus« Quoique maîtres du Caire , d'Alexandrie et vainqueurs des mameluks , la conquête de l'Egypte n'était assurée qu'autant qu'on se concilierait les imans, les ulémas, les muftis et tous les ministres de la religion musulmane. L'armée française, considérée collectivement, ne pratiquait aucun culte; en Italie même les soldats fréquentaient peu les églises. On dut tirer avantage de cette circonstance. L'armée fut représentée aux musulmans comme une

162 MYSTÈRES DE SA«TÊ-h£lÈNE.

troupe de catéchumènes disposés à embrasser l'islamisme. Les sectes chrétiennes, les Cophtes , les Grecs, les Syriens, qui sont très-nombreux, désiraient profiter de la présence de l'armée française pour se soustraire aux restrictions auxquelles on a assujetti leur culte. Je dus m'y opposer, et j'eus soin de conserver les affaires religieuses dans la situation où je les avais trouvées. Chaque jour, au lever du soleil, les vingt cheiks de la grande mosquée de Sémil- Azar, qui est la Sorbonne du mahométisme , se présentaient à mon lever. Je leur faisais servir le café et le sorbet, et je leur témoignais beaucoup d'estime et de considération. Je conversais souvent avec eux fort longtemps sur les différentes particularités de la vie du prophète et sur quelques chapitres du Coran. Après mon retour de la bataille de Salahié . je leur proposai de promulguer un felham qui serait lu dans toutes les mosquées de l'Egypte, et dans lequel le grand cheik ordonnerait au peuple de prêter serment à moi , Bonaparte , général en chef de l'armée française , qu'ils

Page 1