CHAPITRE IV
pays était complètement pacifié, et mes généraux-gouverpeurs m'adressaient de la haute et basse Egypte des rapports qui prouvaient que la domination française s'asseyait dans ces contrées sur des bases durables. Le machiavélisme de la politique anglaise est venu détruire tout cela : tremblant pour leurs possessions des Indes , ils poussèrent la Porte et le Grand Seigneur, dont ils avaient corrompu le grand vizir, à envoyer des troupes contre moi en Egypte. Nous aurions eu bon marché de ces hordes indisciplinées , si la victoire de Nelson et la perte de notre escadre, en nous séparant de la France, ne nous eussent privés des secours que nous devions attendre de la mère patrie. On a dit que l'insuccès de l'expédition d'Egypte a tenu à la levée du siège de Saint- Jean-d'Aere : on s'est trompé. La fatale issue de cette campagne a tenu uniquement à la faute capitale de l'amiral Bruix , qui s'est laissé surprendre et battre par la flotte anglaise qu'il aurait pu combattre avec avantage et vaincre peut-être ; mais les choses deguerre.
168 MYSTÈRES DE SAIHTE-IIÉLÈNE.
de même que le destin des batailles et celui des empires , tiennent à un fil d'araignée. La France , au combat naval d'Aboukir, a perdu d'un seul coup sa marine, son armée et sa colonie ! C'était beaucoup ; depuis elle a perdu plus encore.
u Quand l'armée française, reprit-il, quitta ITgypte en vertu de la capitulation faite avec les Anglais, une centaine de sous-officiers et soldats prirent le turban et s'enrôlèrent parmi les mameluks. Quand je devins Empereur, quelques-uns de ces hommes revinrent en France et me demandèrent du service ; je les fis éconduire, car collectivement une armée peut bien feindre un culte quelconque ; elle doit obéir aux ordres d'un général en chef qui est l'organe de la patrie , comme le drapeau en est le symbole ; mais que des soldats aillent individuellement renier les croyances et la foi de leurs pères pour augmenter leur bien-être , et cela après avoir abandonné et renié leurs drapeaux, cela est odieux ; je n'aurais jamais voulu, pour tout au monde, comp-