‹ Les mystères de Sainte HélèneChapitre 55 sur 179 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ter dans les rangs de mes troupes de pareils apostats. Il n*en fut pas ainsi, ajouta Napoléon en souriant , de la ylvandièl*e d'un régiment de l'armée, faite prisonnière en Syrie. Conduite à Jérusalem et épousée par le eomman^ da&t turc de cette ville, cette femme, devetiue toute-puissante dans le royaume de Salomon , m'écrivit , lorsque j'étais consul , une longue lettre dans laquelle elle me disait que, malgré son rang et sa fortune^ elle était toujours restée Française et chrétienne par le coeur, et qu'elle se ferait toujours un devoir de protéger les Français et les chrétiens* C'était la Zaïre du dil-'huitièïne siècle. J'ai regretté plus d'une fois que la multiplicité de mes occupa* tiens ne m'eût pas permis de répondre à cette noble et généreuse femme. »

Puis , s'arrétant tout à coup , Napoléon dit à M. de Las Cases en montrant les bougies aux trois quarts consumées :

— Il est temps de finir noscaquetages : nos flambeaux nous indiquent l'heure de la retraite. Bonsoir, messieurs; bonne nuit, mon 1. 15

cher le sage; puisse votre homonyme, l'auteur du Diable boiteux, vous envoyer cette nuit un nouvel Asmodée pour vous transporter, au moins en esprit, sur les toits de la grande ville, où je soupçonne que vous ne seriez pas fâché d'apprendre ce qu'on fait chez vous !

Et ces paroles , qu'il accompagna d'un gra-r cieux geste d'adieu , firent comprendre aux assistants que l'agonie des bougies n'était peut-être qu'un prétexte pour mettre un terme à la conversation. Chacun se retira donc ; mais plus d'une heure après, M. de Las Cases, revenant du jardin où il était allé se promener avant de se coucher, aperçut encore de la lumière dans le pavillon de l'Empereur.

#M«laffiifloM ife JVapoMéon A Jfjongwood.

A celui qui, au tempsdesa puissance, comptait tant de palais de marbre pour ses résidences habituelles en France, en Italie et en Allemagne, était échue une infime maison de bois, à Sainte-Hélène ! Au grand Empereur qui avait logé dans ses châteaux, au milieu du luxe et de la munificence, tous les rois et tous les princes de l'Europe, il ne restait que quelques chambres de plain-pied ou superposées les unes sur les autres. Tel était Longwood :

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telle était rhabitation concédée par l'Angleterre au héros qui s'était noblement confié ^ sa foi ! Et encore cette sordide demeure étaitelle édifiée dans une ile inculte, sous un climat meurtrier, et soumise à la surveillance tyrannique d'une prison d'État. Si l'avarice britannique avait présidé à la construction, à l'ameublement de cette triste demeure, sa prodigalité, sous le rapport des précautions militaires prises pour assurer la garde de l'illustre captif, avait éclaté chez elle. Sur les mornes rochers qui dominaient Longwood , soixante pièces de grosse artillerie présentaient leurs gueules béantes; des tours à signaux se dtessalent sur chaque crête dje rocher : ici était im camp de huit cents hommes, là il y avait un poste avancé de deux compagnies de grenadiers; partout des baïonnettes étincelaient aux feux du soleil ou aux rayons de la Itine; partout le drapeau d'Angleterre, flottant aux caprices de la brise, annonçait aux navigateurs que, comme l'ile de Circé, File de Sainte- Hélène ne pouvait être abardée, sans dangers,

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des vaisseaux battus par la tempête. «< Périssent mille fois les Argonautes de l'Inde ou de la Chine, plutôt que la sécurité de l'usurpatrlce des mers !*i> s'était écrié le chef du cabinet de Saint-James.

Qulmporte, en e£Eèt, k la Grande-Bretagne que des hommes, que des bâtiments périssent ? Sa politique n'est-elle pas au-dessus de ces misères? Pendant quinze ans n'a*t-elle pas payé de son or le sang que les peuples de l'Europe ont répandu à son profit en Egypte, en Amérique, en Italie, en Hollande , en Aile* magne, en Espagne, en Russie et en France surtout? Pour elle, le sang humain n'est qu'une sorte de denrée qui se cote à la bourse. La fortune des nations et des particuliers n'est qu'une marchandise vile ou précieuse, selon l'influence de l'agiotage ; que lui importent donc les naufrages, le trépas des marins et les périls à braver pour tous , excepté pour elle et les siens? Sainte-Hélène avait été jusqu'en 1815 une espèce d'oasis jetée au milieu de l'Atlan^ tique; c'était un lieu de refuge, une rade sûre

et tranquille pour les navires de toutes les nations qui, fatigues par la tempête, pouvaient se reposer quelque temps à Fombre d*un parasol de granit.

Dès que Napoléon eut posé le pied sur cette terre devenue maudite, elle fut confisquée par l'Angleterre au profit de son égoîsme et de sa cupidité! L'humanité ne pouvait lutter avec la politique anglaise. L'île fut interdite à tous les bâtiments qui ne portaient point le pavillon britannique. Éloignez-vous donc, pauvres nautoniers , éloignez- vous de celte funeste ébauche de la création; ne voyez-vous pas, sur la cime de ces rochers perpendiculaires et grisâtres, luire et s'agiter la mèche du canonnier? Ne voyez- vous pas ces monstres d'airain montrer leurs museaux effroyables dans leurs embrasures de bois et de fer ? N'avancez pas ! les boulets de la philanthropique Albion sont plus redoutables que le feu du ciel, que le châtiment de Dieu auquel ils ne croient pas ! Quelques brasses encore, vos navires chargés de richesses s'engloutiraient dans Tabime sous un

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