‹ Les mystères de Sainte HélèneChapitre 56 sur 179 · CHAPITRE y · texte numérisé non relu

CHAPITRE y

ouragan de mitraille ! £st>ee que le drapeau de la vieille Angleterre , qui flotte ainsi au sommet de l'île, ne suffit pas pour vous avertir qu'elle garde là, sur le roc, son formidable ennemi qu'elle a volé et non pas vaincu? Ne savez-vous pas que, seule, elle s'est arrogé le droit de jeter l'ancre au milieu de ces brisants? Laissez en paix le léopard dévorer sa victime ; ne le troublez pas dans sa joie. Les rois de l'Europe lui ont abandonné sa part du butin, le corps du héros ! Il faut qu'il accomplisse sa vengeance ; il faut qu'il jouisse longuement, solitairement des angoisses de sa victime !... Navires des nations du monde, passez donc au large, et vive la glorieuse, la bienfaisante Angleterre du dix-neuvième siècle !

En 1556, Jean, roi de France, perd, contre le prince de Galles, la bataille de Poitiers. Le monarque lui-même est fait prisonnier, après avoir accompli des prodiges de valeur à la tète de sa plus pure noblesse, qui périt tout entière. Le soir même de ce jour néfaste pour la France, le prince de Galles, qui, le genou

en terre, avait reçu l'épée de Jean captif, pour la lui ren.dre aussitôt, se fait un devoir de servir à Cable son prisonnier. Il le console, il le loue, il lui fait espérer une fortune meilleure et parait plus affligé de sa victoire que les vaincus ne le sont de leur défaite. Mené à Londres, non pas par une escorte de soldats, mais par quatre des chevaliers les plus qualifiés de Farmée du prince de Galles, Jean est installé dans l'hôtel de Sussex, qui se trouvait a cette époque hors des murs de Londres. On lui compose une maison splendîde; cent officiers, tant chambellans que chapelains , huissiers , gens de bouche et d*écurie, emplissent la nou. velle résidence du roi de France , auquel on laisse, en outre, la liberté d'aller où bon lui semblera , non^eulement à Londres , mais encore dans tous les comtés environnants. La seule chaîne qu'il porte , le seul engagement qu'il prend vis-à-vis du roi d'Angleterre, est sa parole royale. II est vrai de dire que la parole de ce prince était sacrée, et que longtemps avant le désastre de Poitiers, il avait

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prononcé cette noble maxime, qui devrait ôtre le prejuiep précepte des souverains :

<( Si la bonne foi et la vérité se trouvaient bannies de la terre^ il faudrait les re> trouver dans le cœur et sur les lèvres des rois.. »

Cette hospitalité toute royale , cette noble confiance dans la parole d'un illustre captif, cet événement enfin , se passait au quatorzième .siècle, c'est*è-dir<9 dans un temps que les historiens et les philosophes de nos jours appellent un temps de barbarie ! Or , voici ce qui s'était pa^sé ^u commencement du dix-neu^ vième siècle^ à 1^ i^ce de FEurope, à la face du monde entier :

Napoléon» vaincu à Waterloo comme le roi Jean l'avait été à Poitiers quatre cent cinquante-neuf ans auparavant, et, comme le roi Jean, survivant presque seul à cette garde héroïque, sa noblesse h lui, qui mourut, elle aussi , et pe se rendit pas, ne fut pas prisonnier des Anglais , mais, de sa pleine volonté, monta sur un de leurs vaisseaux, en disant :

« Je viens , comme Thémistoele , m'asseoir au foyer du peuple britannique. » Eh bien! ce magnanime élan d*un grand caractère , cette vertueuse confiance dans les institutions et la générosité d'un peuple qu'on a noblement combattu pendant quinze ans, comment furent-ils reconnus par le ministère anglais?... L'Empereur fut accueilli à bord du Bellérophon d'abord avec enthousiasme, ensuite avec embarras, puis enfin avec froideur. Au lieu de donner à ce gigantesque soldat, à ce nouveau Charlemagne, une hospitalité digne de ses grandes actions et de sa renommée, au Heu d'agir avec lui comme Edouard III avec le roi Jean, au lieu de lui désigner soit dans Londres, soit dans un des comtés de l'Angleterre, une résidence en rapport avec la dignité suprême dont il avait été revêtu, on le garde à vue sur le vaisseau où il s'était librement rendu, on le promène de port en port, de rade en rade comme un trophée, et enfin, par un dernier outrage que l'histoire flétrira de son fer ardent, on le charrie, comme une grossière

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