CHAPITRE VI
puisqu'il s'agissait de la sûreté du chef de l'État ; il n'y avait , sulvapt eux, d'autre parti à prendre que d'attendre que les eaux fussent moins hautes : c'était un délai de vingt-quatre heures au moins.
Quand on vint dire à l'empereur que le passage était impossible :
—Impossible ! s'écria Napoléon, pour lequel ce mot n'était pas français, attendu qu'il n'était pas accoutumé aux impossibilités , il faut cependant que je sois de l'autre côté delà Meuse avant midi.
£t sur-le-champ il alla reconnaître lui-même l'état des eaux, et ne tarda pas à juger , avec son discernement habituel, que les gens qu'il avait consultés manquaient d'expérience ou de résolution.
— Vous avez ici des marins anglais prisonniers ? demanda-'t-il à M. Lefébure.
— Oui, sire.
— Eh bien! qu'on m'en amène une demidouzaine , choisis parmi les plus élevés en grade.
MTSTÈBB8 DE SAIMTEHIÉLÊNE.
Conformément à cet ordre , un aspirant , celuHà même qui^ devenu depuis lieutenant de vaisseau, racontait l'aventure, et cinq des plus anciens matelots lui furent présentés. Le dialogue suivant s'engagea alors entre le monarque et le midsfaipman :
— Combien d'Anglais étes*vou8 dans les ba-* raques? demanda Napoléon.
— Sire, cinq cents environ.
^ Y a-Ml beaucoup de marins parmi vous ?
— Nous le sommes presque tous, sire.
— Bien!... Allez m'en chercher une cinquantaine; prenez les plus habiles à conduire un bateau ; j'aurai besoin d'eux pour traverser la rivière. La rapidité du courant et la crue ont rendu cette tentative dtf&ciie et peut-être dangereuse^ Quel est votre avis ? la croyez* vous possible ?
— Très-possible , sire , repartit aussit6t un des vieux loups de mer.
— Eh bien t mettez-^vous à l'ouvrage, ajouta Napoléon, et faites votre possible pour que mes équipages soient de l'autre côté avant midi.