‹ Les mystères de Sainte HélèneChapitre 61 sur 179 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

empêcher ces braves gens d'ébruiter la générosité de l'Empereur à leur égard , Famirauté les fit immédiatement rembarquer sur des vaisseaux de guerre en partance pour les Indes et pour l'Amérique : de sorte que les royaumes -de l'Asie et les républiques du nouveau monde furent plus tôt instruits de la noble conduite de Napoléon que les habitants de la vieille Angleterre. Les ministres, qui faisaient quotidiennement insulter le grand homme par leurs folliculaires et débiter sur son compte les monstruosités les plus absurdes , eussent été bien fâchés de laisser filtrer des vérités qui les auraient rendus, eux, tout ministres qu'ils étaient, le jouet des plaisanteries de John BuU.

Dans une autre occasion , Napoléon , alors général en chef de l'armée d'Orient , formula d'une manière non moins remarquable sa confiance dans les soldats anglais. Rentrant un soir au Caire , dans l'immense mosquée qui lui servait de quartier général, il vit des soldats de son escorte rabrouer violemment des

prisonniers anglais de l'année de Sidney Smith qui étaient venus le voir passer.

— Doucement, dit Napoléon à ses guides , ne repoussez pas ainsi ces malheureux; ce sont des soldats que la fortune a trahis, et non des assassins. La France et l'Angleterre , con-* tinua*t*il, sont deux grandes nations qui ne doivent pas cesser de s'estimer, et qui, pour le bonheur et la paix du monde, devraient être unies.

Nous le répétons, ces récits défrayaient, à Sainte-Hélène, les conversations de l'armée et de la flotte. Les officiers, dans leurs réunions , les soldats et les marins, sur leurs bords et dans leurs camps, se plaisaient à entendre ces détails qui avaient pour quelques-uns d'entre eux le mérite de souvenirs intimes. Aussi ce qui devait arriver arriva en effet. Napoléon exerça, sans le vouloir, sans le savoir peut-être, une influence véritable sur les soldats anglais. C'était parmi eux à qui pourrait s'approcher le plus possible de sa personne ; on briguait le poste d'honneur de Longwood comme , dans

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