‹ Les mystères de Sainte HélèneChapitre 62 sur 179 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

une bataille, on brigue Ta van tage d'une position périlleuse. Officiers et soldais espéraient être assez heureux pour obtenir une parole, un regard de Napoléon ; et cette parole , ce regard obtenus étaient le lendemain racontés au camp et vantés comme un trophée , comme une victoire. Tel était l'aimant que Napoléon semblait porter avec lui , que les soldats anglais auxquels la garde de sa personne était confiée se seraient fait tuer pour lui , comme • autrefois les soldats de sa garde. Ce privilège immense d'un prestige merveilleux appartenait surtout à Napoléon. Trois hommes, dans les siècles passés, en avaient joui comme lui : Alexandre , César et Charlemagne ; mais on peut dire avec raison que, sous ce rapport , Napoléon les surpassa tous les trois.

Dans la visite que lui avaient faite , le lendemain de son installation à Longwood, les officiers de la flotte, ayant à leur tète sir George Cockburn et les officiers du 53* régiment. Napoléon avait acquis pour eux encore plus de sympathie. Dans cette réception , qui, 1. 17

i94 MYSTÈRES DE SAINTE-HÉLÈNE.

malgré l'exiguïté du lieu, avait quelque chose de solennel, l'Empereur avait employé toutes les séductions de sa parole , de son geste et de son regard. Aussi, en le voyant si calme, si souriant et si plein de dignité et de grandeur au milieu de cette foule d'officiers anglais, on aurait pu le croire vainqueur et heureux , donnant au palais de Saint-James audience aux guerriers de l'armée qu'il avait vaincue sur les bords de la Tamise , comme il avait fait aux sources du Nil, de la Brenta , de TÈbre et du Tage.

L'Empereur avait remarqué, dans les grades inférieurs, quelques officiers anglais doués des plus belles qualités de l'homme de guerre et de l'homme du monde. Dans ce nombre se trouvait le capitaine Poppleton, dont le savoir comme militaire était encore rehaussé par une exquise urbanité et par les avantages que donne une éducation achevée. Le capitaine Poppleton avait plu tout d'abord à Napoléon ; aussi, par une délicate déférence, l'amiral Tavait-il choisi pour être son officier d'ordon-

Page 1