‹ Les mystères de Sainte HélèneChapitre 65 sur 179 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

et de rinde un cachet tout particulier. Sa tournure était martiale , et malgré l'humble grade qui se révélait sur son uniforme par un simple galon d'or sur la manche, on devinait que ce vieux débris des légions britanniques aurait pu, sans le système déplorable qui régit rétat militaire en Angleterre, parvenir à un poste plus élevé. En effet , son front sillonné d'une double balafre, ses yeux intelligents et scrutateurs, dénotaient chez lui les qualités les plus précieuses du soldât. Jérôme Sharp, pour paraître devant Napoléon , avait revêtu , comme on le pense bien, son plus bel uniforme. Il fît le salut militaire en entrant, et attendit debout et dans la position du soldat sans armes les questions que l'Empereur allait vraisemblablement lui faire. Il paraissait dominé par une émotion tout à la fois respectueuse et tendre, et portait tour à tour ses yeux sur son capitaine et sur Napoléon.

— Vous avez servi en Egypte, mon brave ? dit l'Empereur en accompagnant cette question d'un sourire plein de bienveillance.

— Oui , mon général, répondit le sous-officier en anglais ^ , sous les ordres du commodore sir Sidney Smith , et surtout en Syrie : je faisais partie de la brigade qui fut jetée dans la place de Saint-Jean-d'Acre , lorsque les Français en eurent commencé le siège.

— Ah ! vous étiez à Saint-Jean-d'Acre ? fit l'Empereur.

— Oui ! mon général , ce fut là que je gagnai ma première blessure.

Ici le sergent porta l'index à son front sillonné de la balafre dont nous avons parlé.

— Sire, dit alors le capitaine Poppleton, la modestie de Sharp oublie ici un détail que Votre Majesté me pardonnera de ne point passer sous silence. Dans un des nombreux assauts que vous livrâtes à la ville , des grenadiers français furent faits prisonniers par les

^ Ce carieux dialogue de Tempereur et du sergent Sharp, écrit et conservé par le capitaine Poppleton, qui servait d'interprète, nous a été communiqué dans la suite par un neveu du capitaine Harry Poppleton, attaché à la légation anglaise à Paris, et qui, de 1832 à 1837, habitait la même maison que nous, rue Larochefoucault, no 7, où il mourut en 1829.

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