‹ Les mystères de Sainte HélèneChapitre 66 sur 179 · CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI

Turcs. On allait les égorger lorsque Sharp et ses camarades s'opposèrent de vive force à cet acte de barbarie et firent entendre, tant bien que mal, aux Turcs que s'ils avaient la lâcheté d'égorger des prisonniers, ils tourneraient immédiatement leurs armes contre eux. Le fanatisme des Musulmans l'emporta cependant sur la menace, et déjà les yatagans étaient levés sur la tête des Français, lorsque Sharp se précipita au-devant des assassins et leur fit un rempairt de son corps. La première blessure qu'il reçut dans cette journée fut donc celle d'un soldat de Djezzar. Malgré cela, Sharp fut assez heureux, aidé de quelques-uns de ses camarades, pour soustraire des Français à la rage musulmane.

— Sharp, fit Napoléon en regardant le sergent avec une indéfinissable sympathie , vous êtes un brave ; les lois de l'humanité vous sont aussi familières que celles de l'honneur et de la discipline. Si au lieu d'être à Sainte-Hélène j'étais à Paris , je vous décorerais de l'étoile que j'ai créée pour lous les

mérites et pour tous les genres de gloire. Puis, après une pause, Napoléon reprît :

— Êtes-vous resté longtemps en Egypte ?

— Mon général , j'y suis resté deux ans , après l'évacuation du pays par l'armée française ; mais , ajouta le sergent , je me suis trouvé aussi à Héliopolis... J'ai reçu là une seconde blessure...

— Et en quittant l'Egypte , interrompit l'Empereur, où avez-vous été ?

— Dans l'Inde, mon général ; j'ai parcouru une grande partie des provinces qui se trouvent sous la domination anglaise. J'ai tenu garnison à Singapour, à Visapour, à Chandernagor. J'ai fait cinq campagnes dans cet empire, et dans toutes les cinq j'ai été blessé... Une fois même j'ai été laissé pour mort sur le champ de bataille...

— Et un pareil homme n'est pas officier ! exclama l'Empereur en regardant fixement le capitaine Poppleton. Sait-il lire? ajouta vivement Napoléon.

— Certainement, sire, répondit le capi-

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