CHAPITRE VII
ajouta FEmpereur par forme de plaisanterie , car je ne voudrais pas pour tout au monde me brouiller avec un historiographe de votre mérite. Je sais trop bien ce qu'il en coûte aux rois, quand ils ont le malheur de négliger ou de froisser les susceptibilités des historiens.
— Sire , je m'avoue battu , répondit M. de Las Cases sur le même ton , mais ma défaite ne portera aucun préjudice aux sentiments que je professe pour Votre Majesté. Vous avez vaincu tant de rois, sire, vous avez battu tant d'illustres généraux, que j'aurais mauvaise grâce à ne me point consoler de cette victoire de Votre Majesté.
Des lieutenants d'Alexandre, de César et de Charlemagne, la conversation devait naturellement et sans transition passer aux lieutenants de l'Empereur. Ce dernier s'exprima sur chacun d'eux avec cette forme positive qui donnait à tous ses discours un cachet de grandeur et d'originalité.
— Murât, dit Napoléon, était le premier gé-
néral de cavalerie de mon temps. Steingel, Lefebvre-Desnouetles , Corbineau et Lasalle lui cédaient le pas , et cependant tous ceux-là étaient des hommes de grand mérite et d'une bravoure fabuleuse. Murât avait un coupd'œil sur ; il voyait de plein saut où il fallait entraîner ses centaures. Si je l'avais eu à Waterloo, la bataille était à moi ; mais sa conduite en 1815 et en 1814 surtout l'avait dépopularisé dans l'armée ; je ne voulus pas me servir de lui, et j'eus tort, car il me le fallait.
u Macdonald possédait toutes les qualités d'un grand général, mais il n'étaitpas toujours ce que nous appelons heureux. 11 fit une manœuvre magnifique à Wagram , en perçant le centre de l'ennemi : je la lui avais indiquée, cette manœuvre, mais il l'exécuta avec un talent consommé. Ce fait d'armes lui valut son bâton de maréchal, et certes il fut bien gagné. Macdonald est un de ceux qui me sont restés le plus longtemps fidèles : c'était une âme probe et incapable de dissimulation ; chez lai le talent militaire était encore rehaussé par la